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07
novembre 2007
Dans le car
En classe, j'étais placée au premier rang, juste devant le bureau de la maîtresse. Parce que personne ne voulait de cette place où il est si difficile de bavarder. Alors comme c'est toujours moi qui récupérais les miettes, cette position me revenait naturellement. Cela dit ça ne me déplaisait pas tant que ça, puisque les leçons m'intéressaient beaucoup, et que de toutes façons je n'avais aucune amie avec qui bavarder.
Et puis je n'étais tout de même pas à plaindre, il y avait plus malheureux, il y avait le petit Avdo. Parce que moi au moins, à l'exception de certaines filles un peu méchantes, on me fichait la paix, je ne parlais pas et personne ne me parlait. Alors qu'Avdo, lui, était vraiment la risée de tous. Le pauvre avait des problèmes aux yeux, et devait porter en permanence un cache sur l'oeil droit. Ce n'était pas très beau, et tout le monde en profitait pour se moquer de lui.
En classe, il partageait donc avec moi la fameuse table au premier rang, devant le bureau de la maîtresse. Il passait tout son temps à copier les exercices par dessus mon bras, car il ne comprenait rien aux leçons. En plus il avait de petits problèmes d'incontinence. De temps en temps, il commençait à taper ses cuisses l'une contre l'autre, signe qu'il était pris d'une envie. Plus les minutes passaient et plus il tapait fort. Finalement, quand ses battements de cuisses devenaient frénétiques, la maîtresse l'invitait à aller aux toilettes, ce qu'il faisait sous les rires de toutes la classe... Etant donné que j'étais à la même table qu'Avdo, les autres en profitaient pour chanter à tue-tête que j'étais amoureuse de lui, et réciproquement. Ce qui me vexait beaucoup.
Heureusement, tous les soirs ou presque je retrouvais Bojana, dans la rue ou dans la cour vide, et cela me réconfortait énormément. Plus les mois passaient, et plus elle était patiente avec moi quand je tentais d'ouvrir la bouche pour m'exprimer un peu. Elle ne se moquait plus de moi quand je bégayais ou mélangeais les mots dans mes phrases, bien au contraire, elle prenait le temps d'écouter. Chose assez remarquable venant de sa part, puisqu'elle était de nature tellement impatiente, nerveuse et pétillante... Explosive, même, parfois.
Mais à l'école elle était toujours entourée de tas de copines, si bien qu'on se voyait très peu et ne se parlait pas du tout. Surtout que parmi ses copines il y avait Sejla, qui était souvent méchante avec moi et qui ne manquait jamais une occasion de me ridiculiser. A tel point que je me débrouillais toujours pour ne pas me trouver sur son chemin, à Sejla, ni même tomber sous son regard, ce qui était souvent très angoissant. Pourtant, petit à petit, les choses ont fini par changer, doucement mais sûrement.
Tout d'abord un matin, dans la cour de récréation. Il leur manquait quelqu'un pour jouer à un jeu, et je suis passée par là. Alors Bojana m'a interpellée : "Dzana ! Viens jouer avec nous !" Sejla a eu l'air étonnée, je crois qu'elle a dit quelque chose comme : "Dzana ? Pour quoi faire ?" Mais tant pis pour elle, moi j'étais trop contente qu'on m'invite, et je me suis jointe au groupe sous son regard méprisant.
Et puis surtout, il y eut une fameuse grande et belle journée d'hiver, quand l'école a organisé une visite dans un château médiéval, aux alentours de Sarajevo. Au moment d'entrer dans le car qui devait nous emmener là-bas, je me suis assise devant, comme toujours, pensant me retrouver seule, ou à côté d'Avdo ou de la maîtresse. Bojana s'était assise un peu plus loin, et deux filles se disputaient pour être à côté d'elle. Parce que Bojana, tout le monde l'adorait, et avec elle on était sûr de ne jamais s'ennuyer. Parmi ces deux "courtisanes", il y avait Sejla, qui était même prête à user de violence pour avoir sa place. Finalement très agacée, Bojana s'est levée en s'exclamant : "Puisque c'est ça je vais m'assoire à côté de Dzana !" Et elle est venue se mettre à côté de moi, à ma grande fierté et à mon grand bonheur. Et nous sommes restées ensemble toute la journée, dans le château, même à midi, au moment du pique-nique.
Bien sûr, Sejla l'a très mal pris et n'a pas manqué, un peu plus tard dans la journée, de se venger en me poussant dans une flaque d'eau. Mais tant pis, c'était bien peu de choses à côté du plaisir d'être avec Bojana dans le car et toute la journée...
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Mots clé : Bojana.
Commentaires
je lis tes histoires a chaque fois et ce qui m'etonne tres souvent c'est les details de tes histoires, j'ai l'impression de vivre ton histoire au moment present
Salut Bosanacizfoce,
Toutes ces histoires sont restées gravées dans ma mémoire, c'est un plaisir pour moi que de les écrire maintenant :)
C'est vrai que les enfants peuvent être très cruels entre eux...
Tu as des nouvelles de tous ces filles qui ont été méchantes avec toi, comme Sejla ? Avec un peu de chance, la roue aura tournée et c'est elle qui se trouvera à la mauvaise place...
Ah oui, et Bojana, elle est en France ou elle est restée en Bosnie ?
Salut Kiara,
Tu sais, je ne souhaite aucun mal à Sejla... à cet age-la on ne se rend pas compte des choses. Elle vit toujours a Sarajevo, mais je n'en sais pas plus à son sujet.
Quant à Bojana bien sur, nous sommes toujours en contact, c'est ma meilleure amie, c'est d'ailleurs pour cela que je raconte tout ca :) Elle est toujours en Bosnie mais pas à Sarajevo, sa famille a beaucoup bougé pendant et après la guerre. Ils ont beaucoup souffert les pauvres... En fait, je parlerai de tout cela prochainement sur mon blog...
A bientot,
Dzana
Coucou Dzenana ! :-)
Je le savais ! Je le sentais trop ! Vous êtes a-do-rables !
En dépit de son exubérance et sûrement du statut auquel elle avait été promu, non sans le concours de sa volubilité et de son caractère "explosif" - comme tu le soulignes toi même - elle n'en laisse pas moins paraître une véritable générosité de sa personne. Et, je comprends parfaitement que vous soyez meilleures amies à ce jour ! De telles personnes ne se lâchent pas, n'est-ce pas ? :-)
Ces différences que je caractérise volontiers d'apparentes, tant elles me semblent être plus des éléments complémentaires, donnent aux relations une note si surprenante et tellement attendrissante : un véritable défi heureux à notre naturel "internaliste".
L'internalisme, en psychologie sociale, est une position adoptée en faveur de ce qui vient de l'intérieur, par extension, on l'utilise également pour appuyer les facteurs prédominants chez les individus à l'intérieur des groupes, dans les travaux portant sur les représentations sociales. Et c'est un des facteurs qui nous pousse à aller vers ce qui nous ressemble le plus : les mêmes caractères, les mêmes idées, les mêmes goûts etc, tout ce qui semblent rendre les "échanges" plus aisés, plus facilement acceptable.
Peut-on seulement parler d'échange qu'on ne fait qu'énumérer des points de convergence ?
Je m'emballe, excuse moi, mais je suis plus facilement intéressée par ce qui sort de l'ordinaire. Un reste d'histoire d'enfant : Rox et Rouky, La Belle et le Clochard etc (si tu vois ce que je veux dire ?... ;-))
Je t'embrasse chère Dzenana.
Amitiés,
Sissi :-)
Coucou Sissi,
Je suis bien d'accord : ce qui rapproche les gens, c'est imperceptible, impalpable. Il y a un proverbe qui dit "Qui se ressemble s'assemble", mais ce n'est pas toujours vrai, à condition de ne considérer que les points communs vraiment forts et pas les apparences.
Heu... merci pour ce cours de psycho, que j'ai relu deux fois :)
A part ça, je dois te dire que Rox et Rouky est mon dessin animé préféré (avec le Roi Lion).
Bisous, à bientôt
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