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vendredi
07
septembre 2007

Le cartable

Rubrique : Enfance.

J'ai connu mon premier grand amour à l'âge de six ans. Malheureusement pour l'enfant que j'étais cet amour ne fut pas réciproque, et il est même probable que l'intéressé ne fut jamais au courant de mes sentiments à son égard. Pourtant il aurait pu le deviner à certains détails, et en particulier après la petite anecdote que je vais raconter aujourd'hui.

Quelques années avaient passé depuis mes premiers pas à la petite école, et désormais l'heure était venue d'apprendre à lire et à écrire, activités qui me plaisaient beaucoup. Hélas j'avais de grandes difficultés à lire à haute voix, pour la simple et bonne raison que je bégayais terriblement. J'étais incapable de prononcer une phrase sans répéter chaque mot deux ou trois fois. Déjà que j'étais très timide et réservée, cela ne faisait qu'aggraver les choses. Et ça faisait beaucoup rire les autres enfants, à mon grand désarroi.

En ce temps-là j'avais donc un faible pour le petit Jovo, un garçon de ma classe. Je ne sais plus pourquoi il me plaisait, sans doute parce qu'il avait toutes les qualités qui me faisaient défaut : il parlait beaucoup et bien, il avait des tas de copains, et c'est toujours lui qui organisait les jeux pendant les récréations. Moi, je l'admirais secrètement.

A l'école, on rentrait toujours selon un même rituel. En arrivant le matin, chaque enfant posait son cartable quelque part dans un coin, sous le préau, ou dans la cour. Puis quand la maîtresse nous appelait pour entrer en classe, on allait reprendre notre cartable et on se mettait en rangs. Un beau jour, j'ai eu l'idée d'épargner à Jovo l'effort de porter son cartable jusqu'à la salle de classe. J'ai attendu qu'il s'éloigne, et puis discrètement j'ai pris son cartable et suis allée le porter moi-même jusqu'à la salle de classe. Ensuite je suis revenue dans la cour, persuadée d'avoir fait quelque chose de formidable qui lui ferait beaucoup plaisir, même s'il ne saurait jamais qui lui avait rendu ce service.

Malheureusement, je n'avais pas suffisamment réfléchi aux conséquences de mon acte. Car au moment où Jovo a voulu reprendre son cartable, il a levé la tête et regardé dans toutes les directions, très étonné que son bagage ait disparu... Puis il a commencé à questionner les autres : "T'as pas vu mon cartable ? Je l'avais mis là..." Peu à peu, tout le monde a été au courant de la disparition du cartable, et tout le monde s'est mis à sa recherche. Même la maîtresse, qui avait du mal à croire en la bonne foi du garçon et qui lui disait : "Mais enfin où est-ce que tu l'as encore mis ? Tu ne l'as pas oublié chez toi au moins ?" J'étais très inquiète, et n'osais pas raconter ce que j'avais fait.

Mais ce qui devait arriver arriva : j'ai été dénoncée. Une fille avait dû m'apercevoir un peu plus tôt, et s'était empressée d'aller le répéter à Sejla, une autre élève de ma classe. Sejla, elle ne manquait jamais une occasion de me ridiculiser ou de se moquer de moi, alors bien sûr elle est allée tout répéter à Jovo. Celui-ci a couru dans la classe pour vérifier ses dires, et effectivement, son beau cartable vert l'attendait tranquillement sur sa chaise...

Pendant ce temps-là tout le monde s'était passé le mot, et ils murmuraient entre eux : "C'est Dzana... c'est Dzana... " Je ne savais plus où me mettre, tous ces regards sur moi me faisaient peur. Et puis Jovo est revenu dans la cour et s'est approché furieusement vers moi, en me lançant durement : "Pourquoi t'as fait ça toi ???" Alors j'ai bégayé : "pa... pa... pardon"... et me suis mise à pleurer, submergée par l'émotion. Mes larmes ont dû attendrir Jovo, car il est devenu tout doux, apparemment très surpris de ma réaction. Et il m'a dit quelque chose comme : "Ben... faut pas pleurer... c'est pas grave..." Et surtout il m'a fait un petit sourire gentil, qui m'a donné tant de plaisir... et qui me fit oublier, en une seconde, l'angoisse que je venais de vivre.

Et puis la maîtresse a tapé dans ses mains et nous sommes entrés en classe.


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Commentaires

Le dimanche 30 août 2009 à 21:49 par selmira

Votre timidité me rappel moi à l'école.
J'aime bcp vos histoires.

Le mercredi 09 décembre 2009 à 16:52 par Sissi

Lol Dzenana !

Ton blog est plein plein de vie ! J'y passe du rire aux larmes et ça ne me déplait pas !

L'amour tout innocent d'une petite fille de six ans, ça m'attendrit très clairement ! Déjà ça me rappelle mon premier amour à moi aussi, que j'ai connu à 7-8 ans au primaire également, essaie de suivre, il s'appelait Frantz (comme dans Sissi l'impératrice ! :-D), attention c'est là qu'il te faut t'accrocher : c'était le fils de l'institutrice en maternelle de ma soeur d'un an mon aînée ! :-)

Il était marrant comme tout ! Mais il était mon amoureux que parce qu'on habitait non loin l'un de l'autre et qu'à force de faire la route ensemble et de se faire chambrer on a fini par se faire des bisous sur la joue : à l'époque c'était le grand saut (et on ne se moque pas !)! Notre amourette a durée tout le primaire après en sixième il avait disparu, des gens disaient qu'il était parti en France avec sa mère qui avait divorcé d'avec son père, un chanteur local reconnu, mais aussi connu pour ses accès de violence !

Bref, j'avais dit que je ferai court, je fais court on aura l'occasion de se raconter ce genre de chose, j'y crois et je croise tous mes doigts et orteils ! :-)

Juste une chose tout de même que je souhaite souligner par rapport à ton geste "irréfléchi" quant aux conséquences, c'est à mon sens la parfaite définition de l'amour, quand il est neuf de nos expériences : cette envie d'"épargner" à l'autre des actes inutiles et rébarbatifs du quotidien, lui accorder une telle importance que le moindre de ces bons gestes envers nous est amplifié, de même pour les moins agréables ;-)

Quand il t'a demandé "pourquoi tu as fait ça toi" j'ai ressenti de la déception, de la peur qu'il n'aille dans la surenchère, mais fort heureusement ce ne fut pas le cas. Et j'en ai conclus simpliste que je suis : les petits garçons de Bosnie étaient charmants. V'là le raccourci mais c'est ce que j'ai pensé alors je te le dis :-D

Voilà je t'embrasse encore, Dzenana, et merci pour ces anecdotes pleines pleines de vie ! :-)

Amitiés,

Sissi

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