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mercredi
29
août 2007

Le tableau

Rubrique : Enfance .

Quand j'allais chez mes grands-parents dans leur village, là-bas, en Herzégovine, toutes les journées se ressemblaient. Et pourtant je ne m'ennuyais jamais. Toute petite, j'étais déjà assez solitaire et je savais m'occuper seule. J'adorais bricoler et pour cela chez eux c'était le paradis : mon grand-père lui-même faisait tout avec ses mains.

La maison était assez grande, c'était une vieille ferme, si bien qu'ils n'en occupaient que la moitié à peine, le quart peut-être. Le reste n'était qu'une très grande grange remplie de millions de choses complètement oubliées et souvent inutilisables. Mais Grand-mère savait toujours y retrouver ce qu'elle cherchait. Du fil à coudre ? Une carte postale en noir et blanc ? Grand-mère vous la trouvait dans la minute.

La maison en elle-même était assez rustique, c'était la campagne, là-bas. Grand-père et Grand-mère se contentaient de peu. C'était du plancher partout, même dans la cuisine ou dans le salon. Le mot "salon" est même un peu fort ici, disons que c'était une pièce avec des fauteuils, des canapés, et un vieux gros poste de télévision qui n'était jamais allumé, vu qu'on ne captait presque rien.

Au dehors, il n'y avait pas de jardin, on était directement dans la nature. L'été le Soleil cognait dur. C'était la montagne, quoi. C'est ce qui fait tout le charme de la Bosnie Herzégovine.

Quand on allait chez Grand-père et Grand-mère, avec mon frère, on dormait dans la chambre à côté de la leur. Et c'était la plus belle et la plus agréable de toute la maison. Assez spacieuse, avec un grand lit, de la moquette au sol et de la tapisserie. Il y avait même sur l'un des murs un tableau de... Paris ! Oui, Paris. C'est ma tante Sanela, qui a épousé un Français, et grâce à qui, en quelque sorte, je suis ici aujourd'hui, qui l'avait offert à Grand-père et Grand-mère. Sur ce tableau on y voyait la capitale française à la nuit tombante, avec une Tour Eiffel démesurément grande qui surplombait les toits. Curieuse, j'avais demandé à Grand-mère ce que représentait cette toile. Et elle m'avait répondu quelque chose du style : "C'est Paris, la capitale de la France. La plus belle ville du monde. Et ça c'est la Tour Eiffel. La plus grande tour du monde". Bon, elle exagérait un peu, Grand-mère. D'ailleurs elle n'avait jamais mis les pieds ni à Paris ni même en France. Mais moi je la croyais sur parole et je me suis mise à rêver qu'un jour j'irais là-bas, grimper en haut de cette tour. J'étais très loin d'imaginer que ce jour viendrait beaucoup plus vite que prévu...

Le matin, Grand-mère se levait très tôt, et moi aussi par la même occasion. Elle mettait son voile et ensemble nous marchions jusqu'au village. Et chemin faisant elle me chantait des chansons et me les faisait apprendre, c'était formidable ! Je me rappelle encore très bien de toutes ces chansons, des trucs d'enfants très connus en Bosnie. Sur la route on s'arrêtait souvent pour parler avec les voisines, et là je m'ennuyais un peu car il n'y avait rien à faire. Mais ça ne durait jamais très longtemps.

Mais le mieux, c'est quand on allait à la pêche avec Grand-père. On montait dans sa petite voiture, on quittait les environs du village et au bout d'un chemin escarpé il s'arrêtait devant un torrent qui coulait à flots. Lui il pêchait à la mouche, enfin une sorte de mouche faite maison, je n'y connais rien en pêche. Je sais juste qu'il promenait des petits bouts de toile de sa fabrication à la surface de l'eau et que c'était ainsi qu'il faisait de jolies prises. Moi, il me donnait une petite canne et m'installait dans un coin plus calme. Je pouvais pêcher normalement, je veux dire avec un bouchon et un ver de terre, comme tout le monde. Mais souvent je n'attrapais rien du tout car j'étais tellement rêveuse que je ne regardais pas le bouchon :) Je préférais regarder l'eau couler, et surtout l'écouter. C'est sans doute de là que me vient l'amour pour l'eau. J'aime entendre son clapotis, que ce soit au bord d'un lac ou sur la mer... ou même tout simplement chez moi, dans mon aquarium. Oui, j'ai un aquarium. Les poissons je ne les pêche plus, je les nourris.

Aujourd'hui Grand-père n'est plus là. Mais Grand-mère vit toujours dans sa maison, là-bas, dans ce village en Herzégovine. Mon père lui a installé du carrelage dans la cuisine il y a trois ou quatre ans, il a aussi refait tous les volets et toutes les portes, c'est beaucoup plus joli qu'avant. Grand-mère était contente !

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Commentaires

Le dimanche 09 septembre 2007 à 17:44 par Sasa

Salut je vien de visiter ton site je le trouve super, surtout certains article que tu as écris et j'aimerai rajoute quelque chose lorque tu dit:
"toutes les journées se ressemblaient. Et pourtant je ne m'ennuyais jamais"
moi je pense que l'explication vient qu'on s'ennuye jamais de l'endroit d'ou l'on vient, car c'est de cette endroit qu'on l'on tire ses racines et ses origines ;).
Continuer ton site parce que il est assez bien.
a+

Le dimanche 09 septembre 2007 à 19:15 par Dzana

Bonjour Sasa,
Merci pour ton commentaire, c'est très gentil de ta part. C'est vrai, on se sent toujours bien à l'endroit où l'on a vécu dans son enfance, et puis quand on est enfant, c'est l'insouciance et la liberté, on ne se pose pas de questions...
A bientôt, merci,
Dzana

Le lundi 07 décembre 2009 à 17:53 par Sissi

Coucou chère Dzenana ! :-)

Je rentre à peine et mes premières attentions sont pour toi, au travers de ton blog qui me permet un lien "constant" avec toi !

Toute la journée je n'ai cessé de repensé à ce qu'on s'est dit. Et plus particulièrement à tes remarques, très justes, trop même pour qu'elles ne me perturbent pas ! Je me sens encore mal à l'aise d'être partie aussi rapidement l'autre soir. Je sais que tu ne le mérites pas et que tu étais simplement dans une dynamique de partage et d'envie de m'apporter un soutien.

J'espère que tout se déroule au mieux pour toi et que sitôt installée tu n'hésiteras pas à me donner de tes nouvelles.

Pour ce qui est de ton billet, toujours aussi bien écrit et agréable à lire. Des descriptions très proches de la réalité, un positivisme qu'on reconnait à Zola et Maupassant, dignes héritiers d'Auguste Comte. Mais tu dois connaitre je suppose. Avec en moins le coté sombre qu'impose immanquablement le rapport factuel de ce qui était et ce souci de ne pas enjoliver ce qui n'a pas à l'être. Eh bien sache le, tes descriptions n'enlèvent rien à l'envie au contraire je dirais même ! J'en prends pour exemple que la maison de ma grand mère s'est modernisée avant notre naissance et pourtant elle demeurait inhospitalière en raison de la sécheresse de ma grand mère, et mes oncles et tantes n'arrangeaient rien à l'affaire, sinon pour l'empirer... Pour la petite anecdote et pour comprendre que ma maman soit très différente d'eux (elle nous laissait beaucoup de libertés - choses qui lui furent excessivement reprochées à tort quand on sait les enfants que nous étions et les adultes que nous sommes devenus ma fratrie et moi), ma maman, pour des raisons encore méconnues, a été élevée jusque très tard dans son enfance par sa marraine. Quand je l'ai appris nul besoin de te dire que pour moi cela levait le voile sur les différences que j'observais (et saluais !) entre ma mère et sa famille :-D

Je peux décemment imaginer que tu étais heureuse des moments passés auprès de tes grands parents.

Moi aussi, Paris, la France me faisait rêver. C'est sans doute cela qui a causé ma déception la première fois que je me suis rendue en France à l'âge de 18-19 ans. Mais peu importe :-) Je veux surtout parler des tableaux moi ! Grrr !! Dzenana, les tableaux de la maison familiale étaient des peintures pieuses ! :'( Et je ne te parle pas des bibelots ! Les visiteurs disaient de notre maison que c'était pire qu'une Eglise ! :-D L'honneur de nos chambres étaient sauf si je puis dire ! C'était placardé de posters de vedettes de la chanson de l'époque, ceux dont je me souviens : les New kids on the block, Roch Voisine une guitare à la main, David Haliday :(, un boy's band où chantait et dansait un beau métis Gérald, dont ma soeur d'un an mon ainée était fan et amoureuse :-D !!!

Je précise que je n'ai aucune responsabilité dans ce placardage ! J'étais passionnée de lecture et de bonbons ! Quand je crisais je m'enfermais dans ma chambre pour en consommer et écrire aussi ma rage que je sublimais en couchant sur le papier des histoires drôles... qui ne devaient l'être que pour une gamine-adolescente :-D

Bon trêve de bavardages ! Je vais vraiment faire court dorénavant ! Surtout pour te lire davantage et puis j'aimerais mieux te dire toutes ces choses en direct, par exemple, à une soirée pyjama. J'ai jamais fait ça étant plus jeune. J'ai déjà dormi, surement pas plus de trois ou quatre fois, chez des ami(e)s et j'en ai invité deux à dormir chez moi, une étant au lycée, et l'autre à la fac ! C'est te dire comme j'ai envie de ce genre de partage maintenant. A ces moment on passe une grosse partie de la nuit à se faire des confidences, à rire, à pleurer aussi, à se chambrer (dans une chambre on se chambre, c'est nul mais c'est écrit donc je n'efface pas ! :-D) et le matin on se réveille vidé, mais repus et quelque peu euphorique, extatique, voilà le mot. :-)

Je t'embrasse bien fort Dzenana, et te souhaite que ton périple se déroule sans trop d'anicroche, bien que, je sois persuadée, que ce sont ces petits incidents qui rendent les récits de voyages si amusants à raconter et à entendre !

Amitiés,

Sissi

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