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mardi
07
août 2007

Ma première année d'école

Rubrique : Enfance .

Ma première année d'école fut une véritable catastrophe... Du peu que je m'en souvienne, j'étais toujours toute seule dans mon coin, je ne parlais à personne, et personne ne me parlait. J'attendais silencieusement que la journée se termine pour me précipiter dans les bras de ma mère. Chaque journée était une insupportable torture... Oui, je suis probablement entrée dans l'enseignement un an trop tôt.

Souvent je restais à l'école le midi, car l'après-midi, même s'il n'y avait pas de leçons, j'étais inscrite à divers ateliers et activités, cela facilitait l'emploi du temps de Maman. Donc je mangeais à la cantine... Ou plutôt, je jeûnais à la cantine. Car je refusais d'avaler la moindre nourriture. Ce qui troublait beaucoup les braves dames de la cantine qui essayaient par tous les moyens de me donner goût à cette nourriture qu'on mettait dans mon assiette. Les pauvres, je leur ai donné bien du fil à retordre. La seule chose que j'acceptais, c'était le lait. Enfant, j'en buvais des quantités industrielles. Alors elles m'en donnaient plus que de raison, se disant que c'était toujours mieux que rien. Et elles n'avaient pas tort, après tout... Un jour, j'ai quand même accepté de prendre un yaourt. Malheureusement j'ai été maladroite et il a fini tout par terre... Ce qui a bien fait rire mes camarades.

Après ça, c'était la sieste, on nous emmenait dans le dortoir et il fallait dormir. Mais là, je dormais aussi peu que j'avais mangé, c'est à dire pas du tout. Les autres enfants autour de moi dormaient à poings fermés, mais moi je me recroquevillais dans les draps et je serrais mon nounours qui ne me quittait jamais. Je me souviens, mon lit était près de la fenêtre... Je gardais les yeux ouverts pour voir madame Draganovic, la gentille et vieille surveillante. Je l'aimais bien, car elle aimait les enfants. Elle nous surveillait le dos tourné, face à sa machine à coudre. J'aimais entendre le tac tac tac de la machine, comme si ça me rassurait. De temps en temps, Madame Draganovic s'absentait deux ou trois minutes, alors je m'inquiétais et je gardais les yeux rivés sur la porte dans l'espoir qu'elle revienne bien vite. Oui, sa présence me rassurait, au milieu de tous ces enfants qui me faisaient plus peur qu'autre chose.

Cette année-là, il faut dire que je n'étais pas bien tombée. La maîtresse était très peu pédagogue, elle me disait souvent que je n'étais vraiment pas dégourdie, et qu'il fallait que je me secoue un peu. Mais moi je ne demandais pas mieux... Mon père m'a raconté qu'un jour, il avait assisté à la réunion des parents d'élèves. La maîtresse disait comme ça, aux parents : "Les élèves, cette année, sont vraiment très éveillés. Oui... sauf Dzana" rajoutait-elle en regardant mon père. Et elle continuait : "Le dessin ? Oui, on dessine beaucoup, et ils font vraiment de jolies choses. Enfin sauf Dzana..." Mon père est sorti de là très triste, et sitôt rentré à la maison il est allé me réveiller dans mon lit, et il m'a dit en me tendant une feuille et des crayons : "Dessine moi quelque chose, n'importe quoi, allez !" Moi j'ai pris les crayons et j'ai fait un joli dessin... Du moins, joli tel qu'on peut l'attendre d'une toute jeune enfant. Mon père a regardé mon oeuvre ravi. Eh oui, il n'était pas si vilain que ça, mon dessin. C'est juste qu'à l'école, j'étais si mal à l'aise que je refusais de dessiner, alors je bâclais. Mon père était ravi, et le lendemain matin il m'a dit de montrer mon dessin à la maîtresse. Mais elle n'a jamais voulu croire que je l'avais fait toute seule.

Les mois ont passé, et ma mère s'est décidée à me retirer de la cantine, et à me désinscrire des activités de l'après-midi (car c'est le matin qu'on travaillait). Ah, j'étais ravie de ne plus avoir à supporter ni ces interminables déjeuners, ni ces siestes imposées ! Du coup, les journées m'ont paru moins longues. Toujours aussi pénibles, oui, mais moins longues. La chose dont je me souviens le plus, c'était les petits cristaux... On appelait ça des cristaux, vous savez, quand on plie une feuille en dix ou douze et qu'on en découpe un coin, une fois qu'on la déplie ça fait des trous partout :) J'adorais ça, moi, je faisais des cristaux sans arrêt, et je les coloriais, et une fois mes parents en ont accroché un sur le mur de leur chambre, pour moi ce fut une grande fierté !

Le dernier jour de l'année, il y a eu une fête. Mon père m'avait promis qu'il viendrait... qu'il se libérerait de son travail. Mais les heures avaient passé, et j'étais désespérément seule. La danse a commencé... Pas grand chose, on était tous en rond à tourner, les autres enfants s'amusaient comme des fous. Sauf Dzana... Moi, je traînais vaguement les pieds en suivant péniblement le mouvement. Je regardais le portail. Et puis d'un seul coup, je m'en souviendrai toute ma vie, j'ai vu mon père entrer. Quel bonheur... Du coup tout paraissait facile. Mon papa...

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Commentaires

Le dimanche 09 mars 2008 à 02:13 par Konràd

Pourquoi un an trop tôt?

Le dimanche 09 mars 2008 à 20:52 par Dzana

Eh bien parce que je n'étais pas encore prête, tout simplement, et qu'un an de plus auprès de ma mère n'aurait sans doute pas été superflu...

Le samedi 15 mars 2008 à 20:26 par Konràd

Juste une question, le système scolaire correspond à quoi, en ce qui concerne le collège, lycée, bac ?
Merci

Le dimanche 16 mars 2008 à 23:13 par Dzana

Salut Konràd,
En Bosnie, le cycle primaire dure neuf ans, et le cycle secondaire 4 ans (ce qui t'amène à 18-19 ans). Au terme de ces quatre années tu passes la Matura, dipôme comparable au Bac français. Après quoi tu peux intégrer l'une des 8 universités (sur examens d'entrée) ou l'une des 11 écoles supérieures :)
Malheureusement les diplômes universitaires bosniens ne sont pas reconnus dans le monde.
La principale différence, au niveau enseignement, c'est sans doute qu'en Bosnie on met beaucoup l'accent sur la culture générale (plus qu'en France je pense).

Le jeudi 25 décembre 2008 à 17:14 par le mouton noir ( site web )

Quel triste souvenir, je me reconnais un peu dans cette petite fille, toujours à l'écart des autres dès l'enfance .. j'espère que la suite de ta scolarité a été meilleure.

Je reviendrai lire ton blog.

de belles fêtes de fin d'années à toi.

Le mercredi 25 novembre 2009 à 19:42 par Sissi

Re,

J'ai dû rappeler une copine qui a tenté de me joindre quand je lisais ton précédent billet.

En ce qui concerne ma scolarité j'ai bénéficié de la présence de ma soeur d'un an mon aînée qui était toujours dans une classe devant moi, mais jamais très loin de moi. (Sauf quand elle est passé au CP, puis en sixième). Pour tout un tas de raison j'ai toujours eu peu, voire, qu'un ami par année scolaire. Ca ne m'a jamais dérangé. D'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours eu ce goût pour les relations privilégiées, intimistes.

En effet, je ne crois pas qu'on se sente moins seule d'être simplement "accompagné", ce qu'on cherche véritablement c'est "être compris", dans tous les sens du terme : élucidé, saisi, accepté, pris en compte, plus largement, considéré à juste titre. Vu au plus près de ce qu'on est et aimé tout de même.

C'est intéressant de te lire depuis ta genèse, ça m'aidera à te comprendre au mieux. Je ne sais plus où j'ai lu qu'on garde le souvenir de l'enfant qu'on a été, et il est là dans tout ce qu'on fait, de même, nos relations à notre environnement ne change que peu. Qu'on soit devenu un employé ou un dirigeant il y a cet enfant qu'on a été et qui demeure.

L'enfant que j'ai été vouait une véritable adoration à sa soeur d'un an son aînée, car elle est petite et menue mais terriblement courageuse, perspicace, intelligente, indépendante, radicale et juste etc... tout ce que je sais ne pas être fondamentalement et aussi tout ce qui m'attire chez les autres. Ce sont les qualités que j'ai toujours "exigé" de mes amis, sans que ce soit explicite.

Cet enfant ne nous quitte jamais et c'est lui qui signe nos relations au monde, au autres, et au soi grandissant.

Bon, là dessus, avec tout ce que je t'ai écrit, et dont je ne me suis rendue compte qu'en l'écrivant. Je ne savais pas pourquoi j'adore ma soeur, j'en ai deux autres aussi biens, mais je ne les trouve pas aussi extraordinaire que celle d'un an mon aînée, dont je parle sans arrêt. Et je comprends mieux pourquoi tout le monde me dit très exigeante, alors que je n'ai pas l'impression de demander la lune !

Je dois digérer tout ça, donc je te laisse, mais je te lirai demain, si tout va bien.

Je t'embrasse,

sissi

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