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06
novembre 2010
Famille
Ce jour-là à la maison, Maman m'a demandé comment s'était passée la journée. J'ai répondu avec enthousiasme, j'étais encore sur mon petit nuage, tellement heureuse d'avoir fait la connaissance des deux petites Françaises avec qui j'avais tressé des bracelets. Et je me disais que peut-être, inch'Allah, nous deviendrions amies.
Lors de la récréation du lendemain matin, je suis donc sortie dans la cour en suivant à distance Estelle et son amie. Je ne voulais pas m'imposer, j'avais peur de les déranger. Elles se sont encore assises sur la margelle, puis Estelle a promené son regard tout autour. Quand ses yeux ont croisé les miens elle m'a invitée de la même façon que la veille : d'un signe de la main en disant "Viens..." C'est ainsi qu'à partir de ce jour, et pendant des semaines, nous avons passé nos récréations ensemble, toutes les trois, le plus souvent juste à faire des petits bracelets.
A la maison les choses se passaient également de mieux en mieux, peu à peu la pression diminuait et on s'habituait à cette nouvelle vie. Aujourd'hui, je vais parler un peu de la famille. Commençons bien sûr par Sanela. Quand on voit Sanela et ma mère, on a vraiment l'impression qu'elles sont soeur, tellement elles se ressemblent. Je parle du caractère. Pourtant Sanela n'est pas la soeur de ma mère, c'est celle de mon père. Comme quoi le hasard fait bien les choses. Mais si elles ne sont pas soeurs, elles sont tout au moins les deux meilleures amies du monde. J'aime bien les observer, toutes les deux, si complices, à parler de tout et de rien et à se faire des blagues qui ne font rire qu'elles :)
Toute jeune, Sanela avait rencontré Pierre, un Français de Vendée venu en Yougoslavie pour des raisons professionnelles. Ça avait été le coup de foudre, et bientôt ils n'avaient plus qu'un projet : se marier et vivre ensemble. Ce fut plus difficile que prévu, car les parents de Sanela (Grand-père et Grand-mère), étaient plutôt réticents à l'idée de laisser partir leur fille si loin, ne la voir que rarement, ne pas être aux côtés des futurs petits-enfants... Mais après plusieurs années, les deux amoureux n'avaient pas démordu de leur projet. Alors, devant tant de force de sentiment, Grand-père avait finalement consenti à leur union, et Sanela était venue s'installer avec Pierre en France.
Ils ont eu deux enfants, deux garçons, mes cousins Amir et Edin. Puisqu'ils étaient appelés à vivre en France et porter un nom français, Sanela avait tenu à leur donner un prénom bosniaque. En ce mois d'octobre 1993, Amir avait 14 ans et Edin en avait 12. Je me sentais donc plus proche d'Edin, en raison de la moins grande différence d'âge (je venais de fêter mes dix ans). On s'appréciait beaucoup lui et moi, je le trouvais gentil, attentionné, curieux de tout, toujours intéressé par de nouvelles découvertes, et surtout plein d'humour ! Qu'est ce qu'il a pu me faire rire pendant toutes ces années ! J'en ai encore des crampes dans le ventre.
Nous habitions donc aux Sables d'Olonne, cette ville de Vendée sur la côte atlantique. Plus précisément dans ce quartier que les gens de là-bas appellent La Chaume, et qui correspond à la partie Nord de la ville, de l'autre côté du port. C'est un endroit beaucoup plus petit et tranquille que la ville elle-même. Si de la Chaume vous partez vers le Nord en longeant l'océan, vous traversez de longues étendues de dunes sablonneuses désertes bordées de forêts de pins. C'est en bordure de la première forêt que se trouvait notre maison, dans un petit lotissement très calme. C'est une ville battue toute l'année par le vent sec et salé de l'océan qui vous chatouille les narines. Il arrive parfois que le vent devienne tempête et ces jours-là, mieux vaut ne pas mettre le nez dehors. Le reste de l'année, c'est parfait.
La maison était petite mais agréable, et surtout très lumineuses, en raison des nombreuses fenêtres et baies vitrées. Et tant mieux, car je pense que la lumière du jour contribue beaucoup à la santé générale. Pierre et Sanela nous avait attribué la seule pièce inoccupée, au bout du couloir à droite. Au début Maman dormait sur un petit lit, et moi sur un matelas à côté d'elle. Petit à petit, nous nous sommes détendues, avons repris une alimentation saine et équilibrée. Et moi au début je dormais énormément, comme si mon corps avait accumulé une lourde fatigue mêlée de stress pendant toute la durée du siège. Je dormais, je redormais, c'est incroyable ce que je pouvais enchaîner comme sommeil, jamais je n'ai autant dormi de ma vie. Oui, tout allait bien. J'aurais même trouvé cela parfait, si Papa et Mehmet avait été avec nous. Mais malheureusement, en Bosnie, la situation était très loin de s'arranger.
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Commentaires
Bonsoir Dzana,
je viens de lire vos derniers billets et je vous remercie pour le partage de ces moments vécus dans une période difficile pour vous, mais dont dont vous avez su tirer une grande force.
Je vous souhaite une bonne semaine.
Bonjour Charlie,
Cela me fait très plaisir de vous revoir après tout ce temps :) Merci, et bonne semaine à vous aussi.
Bonsoir Dzana,
Vos billets sont vrais, authentitiques. J'aimerais vous parler d'un projet, d'une expo à La Roche-sur-Yon, en hommage à la Bosnie, à Sarajevo. J'aimerais que cette expo devienne réalité pour avril 2012, vingt ans après... Vous avez mon mail...
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