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dimanche
10
octobre 2010

Vendée

Rubrique : Enfance .

Sanela et sa famille habitaient en Vendée, et c'est désormais là que nous allions vivre, Maman et moi. Evidemment, comme j'ignorais tout de la France, on m'aurait demandé d'aller vivre dans le Nord, le Sud ou au milieu, ça n'aurait pas changé grand chose pour moi. La seule chose que je savais, c'est que nous allions vivre au bord de l'océan atlantique, et cette idée m'était plutôt agréable. J'imaginais déjà les bonnes baignades lors des chaudes journées d'été ! Même si au fond de moi, j'espérais quand même que la guerre serait vite terminée en Bosnie et que nous serions rentrés avant l'été prochain.

Après Paris et le milk-shake à la fraise, nous sommes donc remontés en voiture en direction de ce pays inconnu et nouveau, la Vendée, et plus précisément vers cette ville au nom encore imprononçable pour moi : Les Sables d'Olonne. Bizarrement, je n'ai plus le moindre souvenir de la route en voiture. Nous avons dû arriver très tard dans la nuit, pour telle ou telle raison, car mes souvenirs me reviennent seulement le lendemain matin, lorsque je me suis réveillée. J'ai légèrement sursauté, comme quand on se réveille pour la première fois dans un lieu inconnu. J'étais allongée sur un canapé, recouverte d'une couverture, et un léger rayon de lumière s'infiltrait dans la pièce, me laissant deviner ce qui ressemblait à une télévision, une table, et surtout la silhouette de Maman endormie sur le fauteuil juste à côté de moi.

Je suis restée chaudement allongée, les yeux entrouverts, attendant que la lumière du matin pénètre un peu plus dans la pièce. Puis j'ai entendu des pas derrière moi, une lumière s'est allumée dans la pièce à côté, puis tous les petits bruits du matin : l'eau du robinet, le café qui coule... c'est Sanela qui préparait le petit déjeuner. Elle fut bientôt rejointe par son mari puis par Maman, qui avait été réveillée par ce petit remue ménage, et enfin je les ai rejoints à mon tour.

Le port des Sables d'Olonne
Le port des Sables d'Olonne (cliquez pour agrandir)
Collection personnelle

En buvant mon bol de lait, j'étais très étonnée par la configuration des pièces : la cuisine donnait directement sur le salon, sans mur séparateur. Je n'avais encore jamais vu une chose pareille et j'en ai déduit, à tort, que ça devait être une tradition française que d'avoir le salon et la cuisine dans la même pièce. J'étais aussi très impressionnée par le matériel, tout paraissait tellement moderne et high-tech, du four micro-ondes à la cafetière en passant par les plaques électriques et même les chaises... quel changement après tous ces mois passés à Sarajevo dans des conditions plus que précaires !

Il a fallu que j'aille aux toilettes, aussi Sanela m'a-t-elle indiqué le chemin. Alors que je longeais le couloir, une porte s'est ouverte devant moi : c'était le plus jeune fils de Sanela, c'est à dire mon cousin germain. En me voyant en face de lui, il a levé les bras en s'écriant très fort : "Dzana !!!" et m'a serrée contre lui. Comme j'étais heureuse de le retrouver ! Toutes ces émotions ont fait venir le deuxième de mes cousins, et bientôt nous étions tous ensemble à nous faire des bisous et à regarder comme on avait changé depuis la dernière fois.

Ces retrouvailles furent de courte durée car mon oncle partait au travail et mes deux cousins devaient aller au collège. Sanela aussi avait un emploi, mais elle avait posé des jours de congé pour nos débuts en France. Quant à moi, il avait été convenu que je commencerais l'école dès le lundi suivant, ce qui me laissait encore quelques jours de répit avant d'affronter cette épreuve qui s'annonçait comme la plus grande de ma vie. Rien que d'y penser j'en avais le coeur battant d'inquiétude, j'ai même plusieurs fois supplié Maman de repousser d'une semaine ou deux, mais ce n'était pas possible... En attendant, nous avions un rendez-vous de programmé l'après-midi même avec la directrice de l'école. Voyant que je n'étais guère enthousiaste, Sanela m'a dit : "Ne t'inquiète pas, elle est très gentille cette directrice, d'ailleurs tous les enfants l'appellent Mimi". Et aussi étonnant que ça puisse paraître, cela a fonctionné, je me suis dit : "Une personne que les enfants surnomment Mimi ne peut pas être quelqu'un de méchant..."

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Commentaires

Le lundi 11 octobre 2010 à 19:58 par rubab

salut Dzana,
en effet, çà a dû te faire un sacré changement entre Sarajevo sous les bombes et les Sables d'Olonnes sous les vagues...
j'ai souvenir dans cette ville d'un type qui ressemblait comme 2 gouttes d'eau à Karl Zero, il tenait une baraque à frites pas très loin de la plage à un angle de rue, quand on y allait avec mon frère il nous faisait trop rire, bref ...
j'espère que les vendéens t'ont bien accueillie (mais j'imagine que tu nous prépares çà pour la suite)
à plus !

Le mardi 12 octobre 2010 à 09:55 par Dzana

Bonjour Rubab,
Oui, comme tu dis, le changement a été très brusque ! Mais maintenant que je connais un peu mieux la France, je me dis que j'ai eu de la chance d'arriver dans ce coin-là, car dans l'ensemble, la Vendée c'est plutôt pas mal :)

Le mardi 12 octobre 2010 à 14:38 par tuggi70

Bonjour Dzana
Les Sables d'Olonne est très sympa. :-) Ma maman habites un peu plus au Nord, à Saint-Hilaire-de-Riez, mais je passes régulièrement aux Sables, surtout à Port Olona et à la Chaume.
Et comme région pour se refaire après la guerre je penses que c'est pas mal.
Ici au Luxembourg on a aussi recueilli un bon nombre de Bosniaques (dont la famille d'une très bonne amie).
à bientôt, et encore merci pour tes récits.

Le mercredi 13 octobre 2010 à 13:00 par Dzana

Bonjour Tuggi,
C'est marrant, figurez-vous que c'est justement à La Chaume que nous habitions. D'ailleurs la photo du port que j'ai choisie pour cette page, comme vous avez pu le voir, est précisément prise du côté de la Chaume, au pied de la tour d'Arundel :)

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