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mercredi
17
décembre 2008

Mariage de Bojana

Rubrique : Quotidien .

Quand j'ai émergé le jeudi matin, le jour commençait à se lever, c'est la lumière qui a soulevé mes paupières. J'ai regardé à côté de moi : personne. Gaétan était déjà debout, d'ailleurs j'entendais sa voix en provenance de la cuisine. Je me suis levée difficilement, il faut dire que je ne suis vraiment pas du matin. Le soir oui mais le matin non. Dans la cuisine j'ai retrouvé Gaétan, Bojana et sa mère. Bojana, me voyant fatiguée, m'a fait un bol de café et cinq minutes après j'étais en pleine forme. Ce café-là, il est terrible.

Puis elle m'a donné une serviette et du savon : "Prends une douche, la plus froide possible, le café et la douche froide c'est ce qu'il y a de mieux pour se réveiller, crois-moi, c'est une vieille technique de Sioux." En effet, en sortant de la douche j'étais pleine d'énergie, telle une vraie Sioux. Heureusement car les premiers invités arrivaient. Le mariage était pour midi, dans une annexe de la mairie de Banja Luka. Comme je l'ai déjà mentionné, son mariage était purement civil. Parce que Bojana refuse d'entendre parler de religion. Parfois je lui parle de Dieu, elle écoute et admet qu'il y a sûrement quelque chose, mais dit qu'elle ne voit pas le rapport avec les institutions religieuses. Le fait qu'elle m'ait choisi, moi, une "Bosniaque", est aussi un geste fort et courageux dans le contexte actuel de la Bosnie. Personne n'a fait de critique là-dessus, mais je suis bien certaine que beaucoup l'ont pensé tout bas. Peu importe.

A midi, nous étions une petite vingtaine devant l'annexe de la mairie. En petit comité, en attendant le soir où étaient attendus plus de soixante personnes, famille et amis. Je ne connaissais personne en dehors de sa famille proche. A un moment une voix m'a dit bonjour derrière moi. Je me suis retournée, c'était Vesna, la fille en mini-jupe de la veille. Cette fois-ci elle était habillée très correctement, et en attendant que le monde se prépare nous avons discuté un peu. Bojana était très tendue et nerveuse, alors je lui ai pris la main pour la calmer, comme elle l'avait fait pour mon propre mariage. Concernant la cérémonie, je reviendrai dessus après, pour l'instant je vais reprendre le fil du récit au moment où nous sommes sortis du bâtiment municipal.

Après ça, la plupart des gens sont partis, se donnant rendez-vous pour le soir. Nous sommes allés chez Mirko, plus précisément chez ses parents, car c'est là que devait se dérouler la soirée. Là-bas il y a un préau qui file derrière les maisons mitoyennes. Pour l'occasion, tous les voisins avaient prêté leur bout de préau, ce qui faisait une salle relativement grande. Ils avaient mis des toiles du côté ouvert, et installé deux poêles pour le chauffage, c'était très bien fait ! On n'a pas eu le temps de se tourner les pouces, il fallait tout préparer pour la soirée et c'était du travail. Bojana était à cent, à un moment son père a dû lui dire : "Assieds-toi, repose toi un peu, on s'occupe de tout." Mais elle avait bien du mal à rester en place.

Forteresse de Banja Luka
Forteresse de Banja Luka (cliquez pour agrandir)
Collection personnelle

En début de soirée, les gens ont commencé à arriver et la salle s'est remplie petit à petit. J'écoutais les conversation distraitement, à droite à gauche, jusqu'au moment où on a eu droit à quelques discours. Tout d'abord le père de Bojana, qui avait préparé un texte très bien fait, bien dit, touchant... Au milieu, il a dit qu'il aimerait qu'on ait tous une pensée pour celui qui manquait à la fête et qui devait se réjouir, là-haut, de voir sa soeur heureuse... Il parlait de Bozidar, décédé pendant la guerre... Après lui, le discours du grand-père fut beaucoup plus animé. Il n'avait rien préparé, il se fiait à ses talents d'improvisation et ce fut très réussi. Il était tout bouillonnant, les yeux brillants, et racontait en gesticulant les mille et une bêtises faites par Bojana quand elle était petite, comme quoi on pourrait en écrire un livre épais comme ça, qu'il devait souvent la disputer mais qu'avec les yeux qu'elle avait dans ces moments-là il lui pardonnait toujours tout, et qu'on pourrait en écrire deux ou trois volumes complets. Et tout cela faisait beaucoup rire l'assemblée !

Alors Bojana m'a dit : "A toi ! Dis un truc !" Ah non ! Parler en public, ça, je ne sais pas faire, je suis trop timide. Mais Bojana a insisté, et en plus elle a dit ça en anglais pour que Gaétan comprenne et m'encourage à son tour, il me disait : "Allez ! Lâche toi !" Je lui ai demandé ce que j'allais dire, il m'a répondu : "Tu verras bien ! Rebondis sur ce qu'a dit le grand-père, ça avait l'air marrant." Il n'avait rien compris au discours du grand-père mais l'idée était bonne. Tant bien que mal j'ai pris la parole, en confirmant tout ce qui venait d'être dit, et expliquant que j'étais heureuse de n'avoir jamais perdu le contact avec Bojana, malgré le temps et la distance. Je n'ai pas parlé plus de trente secondes, j'ai sûrement dit beaucoup de banalités, mais ça a eu l'air de faire plaisir à Bojana et c'est le principal.

Le reste de la soirée fut longue, très longue... D'ailleurs c'est bien simple : je ne me suis pas couchée. Nuit blanche. Gaétan par contre a été sobre, sur ma demande. Car on avait loué une voiture pour le lendemain matin, pour aller chez ma grand-mère en Herzégovine, ce qui fait pas mal de route, impossible à faire après une nuit blanche arrosée. Comme il sait que c'est extrêmement important pour moi d'aller voir ma grand-mère, il a été gentil, n'a bu qu'un minimum et s'est couché assez tôt, vers une heure du matin. Il m'a quand même assuré qu'il se rattraperait dès que possible ;)

A un moment, Bojana m'a demandé si j'allais raconter tout ça dans mon blog. Je lui ai dit oui, bien sûr ! Elle était d'accord, mais m'a demandé juste une chose : ne pas raconter la cérémonie du mariage, car nous étions peu nombreux, c'était très intime, et elle souhaite que ça le reste. Voila pourquoi je respecte sa volonté, et ne donnerai pas de détails sur la cérémonie proprement dite.

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