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mardi
09
décembre 2008

Dans les rues de Banja Luka

Rubrique : Quotidien .

Banja Luka, Bosnie-Herzégovine, mercredi soir. Bojana était au volant de la voiture de son père, car elle a le permis mais pas de véhicule, comme beaucoup de jeunes en Bosnie. Moi j'étais à l'avant à côté d'elle, et Gaétan à l'arrière. Le programme était simple : nous allions chercher sa copine Vesna, que je ne connaissais pas, puis Mirko, son ami et futur mari, après quoi nous irions dans un bar ou un club du centre-ville.

On a commencé à traverser des quartiers entiers de Banja Luka, ville vaste et spacieuse. Au début on voyait les foules dehors amassées au bas des immeubles, il faut dire que là-bas les gens aiment bien sortir pour discuter dans la rue. Mais petit à petit on s'est orienté vers des quartiers de moins en moins peuplés, c'est à peine si on voyait un passant de temps en temps. Bojana parlait beaucoup, elle paraissait toute excitée devant la soirée qui s'annonçait et roulait relativement vite. Oui, par moments elle a des accès d'euphorie, quand on le sait ça passe tout seul mais quand on ne la connaît pas ça surprend un peu. Elle parlait en s'aidant des bras et lâchait parfois le volant de la façon la plus imprudente qui soit. Et plus le temps passait, plus on s'éloignait du gros de la ville, on a même traversé une sorte de zone industrielle avec des usines désaffectées, dans le noir ça faisait bizarre. Jusqu'au moment où on est arrivé devant une zone de travaux. La route était barrée, Bojana s'est arrêtée une demi seconde puis a bifurqué en nous annonçant qu'il allait falloir faire un détour.

C'est alors qu'on s'est retrouvé sur un chemin de terre. Oui, un chemin de terre surgi de nulle part. A gauche c'était des usines, à droite un champ ou un terrain vague, on ne distinguait pas bien. Le chemin était tout cabossé, on faisait carrément des bonds dans la voiture, d'autant que ça ne faisait pas ralentir Bojana, bien au contraire. Et comme il avait plu on passait sur d'immenses flaques d'eau ce qui faisait de grands "splatch !" Gaétan a murmuré en anglais (on parle toujours en anglais quand on est tous les trois) : "Non mais on est où là..." Et Bojana s'est écriée en accélérant : "Ne vous inquiétez pas ! Je gère la crise !"

Banja Luka
Banja Luka (cliquez pour agrandir)
Collection personnelle

Effectivement elle a bien géré, car petit à petit on a retrouvé une vraie route et peu après notre conductrice a serré le frein à main devant une petite résidence, là où habite Vesna, première étape de notre escapade. Alors que je m'apprêtais à descendre de voiture Bojana m'a retenue : "Pas la peine de descendre, on a un code !" Et elle a donné trois ou quatre grands coups de klaxon. Code étonnant mais efficace : on a vu une lumière s'allumer au deuxième étage de la résidence, puis une silhouette s'est montrée et nous a fait signe qu'elle avait bien intercepté le message. En attendant Vesna, Bojana a ouvert la portière mais sans sortir du véhicule, c'était simplement pour faire un peu d'air afin de s'allumer une cigarette. C'est alors que notre attention fut attirée par une étrange chose, une sorte d'oeuvre d'art contemporain assez grande, quatre ou cinq mètres de haut, constituée de gros blocs de fer soutenus par des poteaux à différentes hauteurs, au beau milieu d'une pelouse. "Qu'est ce que c'est que ça..." ai-je demandé. Et Bojana a expliqué : "Ah ça, on se le demande souvent ! L'artiste a peut-être voulu faire passer un message profond, mais lequel ?" Et on a commencé à imaginer tout un tas d'hypothèses, c'était très amusant, surtout les hypothèses de Gaétan qui aime bien ce genre de jeu, et de fil en aiguille c'est complètement parti en vrille et à la fin Bojana a carrément explosé de rire, elle était pliée en deux par-delà la portière !

C'est alors que j'ai cru avoir une vision, quelque chose d'imaginaire. J'ai vu une jeune femme arriver vers la voiture, avec des talons, une mini-jupe très courte, un gros décolleté et du maquillage plein la figure comme c'est pas possible. Sur le moment j'ai cru que c'était une prostituée, mais en cet endroit ça paraissait peu probable. C'est alors que j'ai compris que cette fille n'était autre que Vesna, la copine de Bojana. Elle est montée derrière, à côté de Gaétan, qui bien sûr me regardait d'un petit air malin, s'amusant à me voir gênée de le voir à côté de cette femme si légèrement vêtue. Je ne suis pas jalouse mais bon, si je peux éviter ce genre de situation... Bojana s'est retournée et a dit avec un petit sourire à Gaétan : "Fais attention, toi, je te surveille ;)" Et ça a fait rire Vesna, qui parlait peu mais riait de tout.

Puis nous sommes repartis vers d'autres quartiers et dix minutes plus tard nous étions devant la maison de Mirko, qui vit chez ses parents lui aussi. Je connaissais déjà un peu l'ami de Bojana, on l'avait rencontré rapidement lors de notre dernière venue ici. Comme Bojana descendait je lui ai demandé si elle n'avait pas un code pour le faire venir lui aussi, mais elle a répondu d'un air entendu : "Non quand même, lui c'est Mirko, je ne le klaxonne pas". Et Vesna a répliqué : "Ah ben c'est sympa pour moi !"

On a vu Bojana et Mirko se faire un gros bisou sur le pas de la porte puis s'approcher de la voiture. Quand le jeune homme est entré dans la voiture il a serré la main de Gaétan de manière très enthousiaste et très expressive, il se rappelait bien de nous. Il est monté à l'arrière, du coup Vesna s'est retrouvée au milieu, et donc encore plus près de Gaétan. Mais Bojana s'est de nouveau retournée et a dit aux deux hommes en plaisantant : "Attention vous deux, Dzana et moi, on vous surveille !" Et Vesna a encore rigolé. Et nous sommes repartis vers le centre ville de Banja Luka.

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Commentaires

Le jeudi 11 décembre 2008 à 02:31 par Marko

Vous êtes dans quel bar du centre ? :)

Ah, Banjaluka, Boska, et tout le reste... Ca me manque...

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