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05
décembre 2008
Famille
Je suis dans la maison familiale à Sarajevo, où j'ai toujours ma chambre réservée, la même que quand j'étais petite. Ca fait quinze ans que je ne vis plus ici, mais je sais que jusqu'au bout, mes parents me la réserveront et ne la transformeront pas en autre chose. Bien sûr elle a un peu changé, mon père y a effectué pas mal de travaux. Après la guerre, mais aussi au cours des années qui ont suivi.
En effet à l'époque elle était plutôt sombre, d'autant qu'elle est exposée nord. Sur les murs c'était une tapisserie grise à fleurs, il y avait d'épais rideaux foncés, sans oublier le fameux figuier devant ma fenêtre. Depuis le figuier a rendu l'âme. Et puis un jour mon père en a eu assez de toutes ces tapisseries, il les a décollées dans toute la maison pour les remplacer par de bons coups de peinture. C'est une bonne idée, la peinture c'est plus lumineux, plus propre et ça ne ternit pas avec l'âge. Du coup dans ma chambre, deux murs ont été peints tout en vert. Mais un joli vert très doux, la couleur de l'espoir. Les deux autres murs, c'est du lambris très clair lui aussi. Le tout est donc très agréable, et beaucoup plus lumineux qu'autrefois.
Gaétan aussi est content d'être là, quelque part c'est un peu notre voyage de noces. Bien évidemment, dès mardi nous sommes allés chez mon frère, qui vit avec sa femme au septième étage d'un grand building. Quand on remonte l'artère qui part des boulevards et qui va jusqu'à Kosevo, sur votre droite se trouvent les quartiers des collines Nord (où vivent mes parents), et sur votre gauche se trouve une impressionnante rangée de buildings plantés tout droit et qui paraissent sortis directement de terre. Une grande cité résidentielle, comme on en trouve plusieurs dans la capitale. Visuellement ça ressemble un peu aux banlieues françaises, mais l'ambiance y est par contre très conviviale, tout le monde se connaît, et ces grandes tours font vraiment penser à des villages à la verticale. Bien sûr, les gens préféreraient sans doute avoir une petite maison qu'un appartement perché là-haut, mais dans l'ensemble ils sont plutôt heureux, en tout cas mon frère ne se plaint nullement.
Nous avons fait la route à pied, de chez mes parents jusque chez mon frère. Ca nous a pris une bonne heure de marche, mais quel plaisir d'arpenter ces rues pour moi qui ne viens ici qu'une fois par an en moyenne. Et puis d'une année sur l'autre, je vois les bâtiments qui se reconstruisent petit à petit. De nos jours, il y a encore un certain nombre de maisons ruinées par la guerre, mais infiniment moins qu'il y a douze ans, quand plus rien ne ressemblait à rien dans cette ville. Et puis surtout, j'apprécie particulièrement de me trouver en pleine rue au moment où retentissent les appels à la prière qui s'élèvent des minarets de la ville. Ca prend vraiment au coeur, surtout quand on est en hauteur sur les collines et qu'on voit la ville en bas.
Mon frère n'avait pas encore débauché quand nous sommes arrivés, c'est Amila sa femme qui nous a accueillis. Tout de suite je suis allée retrouver Selma, leur petit bébé, ma nièce ! Elle est adorable et mignogne, je l'ai prise dans mes bras et j'ai même eu le plaisir de lui donner le biberon, à ce petit ange. La vie est dûre, c'est sûr, mais quand on voit ça, on se dit que ça vaut la peine de passer du temps sur terre. Selma était encore dans mes bras quand Mehmet (mon frère) est arrivé. Je ne sais pas si c'est dû au fait qu'il est désormais père de famille, mais il m'a paru encore plus posé et rassurant que la dernière fois. Son sourire, son visage, tout en lui montrait un homme qui est désormais au sommet de la maturité. Après bien sûr, la sagesse vient avec l'âge, mais il en a déjà un peu je crois.
Nous avons dîné ensemble, dans ce petit appartement. Vu du septième étage, Sarejevo est magnifique la nuit, avec ces milliers de lumières qui s'étalent et s'amassent à perte de vue. On dirait une galaxie posée sur la montagne. Nous avions beaucoup de choses à nous dire et à nous raconter. On se téléphone régulièrement, mais se voir en vrai, c'est quand même largement mieux. Au moment de rentrer Mehmet nous a proposé de nous ramener en voiture. Mais nous avions envie de revenir à pied, après tout il n'était que 23H00, et il faut savoir que même en pleine nuit Sarajevo n'est absolument pas une ville dangereuse. Nous avons donc refait le chemin à pied et sommes rentrés chez mes parents vers minuit.
Et bien sûr, nous sommes allés à Banja Luka pour le mariage de Bojana, mais je raconterai cela les prochaines fois :)
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Commentaires
Dzana, j'ai eu l'impression de révivre Sarajevo en lisant ton texte. Quand tu dis "Sarejevo est magnifique la nuit, avec ces milliers de lumières qui s'étalent et s'amassent à perte de vue", on dirait que tu m'as "volé" une pensée que j'ai eu moi-même la première fois que j'ai vu la ville dans la nuit. Quand tu dis "même en pleine nuit Sarajevo n'est absolument pas une ville dangereuse" tu dis la même chose que je ne me lasse pas de répéter à tout le monde, quand je parle de mon expérience en BiH. J'ai compris que ton frère habite avec sa petite famille à l'est de la gare, ou peut-être un peu plus haut dans la colline, pas loin des installations olympiques...
Bonjour Albert,
Oui, tu as bien situé l'endroit où habite mon frère :)
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