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jeudi
04
septembre 2008

Le vote

Rubrique : Enfance . Mots clé : Siège de Sarajevo.

Sarajevo, début 1992 dans le froid de l'hiver. La Croatie avait cessé d'occuper l'essentiel des conversations. Là-bas les violences avaient cessé. Rien n'était résolu, la situation restait catastrophique, mais au moins on ne ramassait plus les morts. Et surtout, c'est désormais notre "république", la Bosnie-Herzégovine, qui occupait tout le devant de la scène. Ca parlait politique et avenir partout, à la télé, à la radio, dans les journaux et dans les foyers.

Tout le monde n'avait qu'un mot sur les lèvres : "indépendance". Et si on la déclarait ? Puisque la Slovénie, la Croatie et la Macédoine l'avaient fait, pourquoi pas nous ? L'idée n'était bien évidemment pas née du jour au lendemain et certains l'envisageaient depuis un bon moment déjà. Mais elle ne faisait pas l'unanimité, loin de là. Je n'entrerai pas ici dans les détails de la politique car je souhaite raconter les choses telles que je les ai ressenties avec mon âme d'enfant, et inutile de dire que ces histoires politiques et ethniques étaient beaucoup trop compliquées pour moi.

On commença à organiser un référendum : "Pour ou contre l'indépendance ?" Mais en réalité, une question bien plus lourde masquait la première et faisait presque oublier la question fatale, et c'était la suivante : "La Bosnie-Herzégovine a-t-elle le droit d'organiser ce référendum ?" En effet, à cette époque, elle n'était encore qu'une "région" (même si elle portait le nom de république) de la Yougoslavie, et une région a-t-elle le droit de se détacher de son pays ?

A l'école, les discussions étaient plus endiablées que jamais. Tous les enfants répétaient à tue-tête ce que leurs parents racontaient, et les premières agressions verbales ont commencé : "Tout ça c'est la faute à ceux-ci", "Mais non tout ça c'est la faute à ceux-là". Moi je ne savais pas de qui c'était la faute car mon père ne me l'avait pas dit. Mais j'écoutais tout très attentivement. Ces "disputes" restaient quand même assez limitées, la maîtresse savait y mettre fin. Ce dont je me souviens par contre, c'est du petit Mujad qui affirmait que ce serait bientôt la guerre. Il était tout seul à dire une telle énormité mais ça nous laissait bouche bée.

Coucher de soleil
Image d'archives

J'ai demandé à Papa ce qu'il en pensait. Il ne mentait jamais, pas même aux enfants, et je savais qu'il me dirait la vérité, et que si la guerre était une réalité il ne me le cacherait pas. Oui, Papa avait bien compris qu'il est inutile de mentir aux enfants. Car quand ils découvrent la vérité ils perdent un peu de leur confiance en leurs parents, si ceux-ci ont menti, même pour les rassurer. Papa m'a dit quelque chose comme :
_ Non, je ne pense pas. C'est très agité en ce moment, mais ce n'est pas la première fois tu sais. Personne ne peut être certain qu'il n'y aura pas la guerre, mais je pense que les risques sont faibles.

Voila quel était le fond de sa pensée. Pourtant, quelques mois plus tôt, il avait affirmé que la guerre était impossible. Et là, d'impossible, ça devenait peut-être...

Le référendum a été organisé le 29 février. Le "oui" l'a remporté largement. Ce score n'a rien d'étonnant puisque tous ceux qui étaient contre avaient boycotté le vote. Mes parents ont voté oui. Nedzad avait dîné chez nous la veille. Lui il n'avait pas l'intention d'aller voter, non pas pour boycotter quoi que ce soit, mais simplement parce qu'il se moquait éperdument de la politique. Tout ceci l'intéressait autant que sa première paire de chaussettes. Mais quand mon père lui a expliqué que c'était l'avenir de la Bosnie qui était en jeu, et que selon le résultat on pouvait peut-être éviter une éventuelle guerre, alors Nedzad a tapé sur la table en s'écriant :
_ Si jamais ils envoient l'armée sur Sarajevo, crois moi que je ne les laisserai pas faire !
Et il est finalement allé voter le lendemain, pour l'indépendance.

Le 1er mars, lendemain du référendum, fut donc un jour de fête. Une fête entachée par la situation politique extrêmement tendue mais il y a quand même eu quelques festivités et marches de célébration. Du côté des opposants à l'indépendance la colère était à son comble. Cependant cette indépendance n'était pas encore reconnue par la Communauté internationale, il fallait encore attendre quelques semaines avant d'officialiser la chose. Et le printemps est arrivé.

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Mots clé : Siège de Sarajevo.

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