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02
août 2008
Le petit village
C'est l'été, c'est le mois d'août, il fait beau et chaud. Ce mois de juillet fut des plus agréables, pour la bonne raison que les parents de mon ami étaient en vacances. Du coup nous avons occupé leur maison, chose merveilleuse car dans leur jardin il y a une piscine. Le soir, après une dure journée de travail, rien de tel que de piquer un plongeon dans l'eau fraîche. Et après le plongeon, manger dehors. Puis le matin partir à la fraîche en roulant dans la campagne : que demander de mieux pour arriver de bonne humeur ?
Les parents de Gaétan (mon ami) sont désormais rentrés, et donc à partir de lundi, fini la piscine tous les soirs. Leur séjour a duré plus longtemps que prévu à cause d'un douloureux évènement : la mort de son deuxième grand-père, six mois après l'autre. Oui, il aura perdu ses deux grands-pères la même année. Il n'en est pas tellement affecté : il ne l'avait pas vu depuis de nombreuses années. Quant à sa grand-mère (la femme de celui qui vient de mourir), elle est décédée depuis très longtemps déjà, Gaétan ne l'a jamais connue.
L'incinération a eu lieu dans une ville très éloignée, mais les cendres du vieil homme ont été déposées dans un village du département, au caveau familial, conformément à sa volonté. Et le père de Gaétan a demandé à ses deux enfants de l'accompagner, en toute intimité. J'ai été invitée et ce fut vraiment émouvant. Nous nous sommes enfoncés au fin fond du département jusque dans un minuscule village assez pittoresque. Là se trouvait un petit cimetière. Gaétan, son père et sa soeur, ont nettoyé le caveau familial où personne n'était venu depuis des années. Un caveau vieux de 100 ans : la moitié des noms inscrits étaient inconnus pour le père. L'urne de cendres a été déposée sur la margelle : ça fait bizarre d'imaginer que dans une boîte si petite reposent les restes d'un homme.
Mais l'évènement tout à fait bouleversant, c'est après. En voiture, tranquillement, nous avons roulé dans le village où le papa de mon ami avait passé son enfance. Il n'y était passé que trois ou quatre fois depuis quarante-cinq ans alors les souvenirs lui revenaient en grand nombre. Il nous expliquait comment c'était autrefois, et ce qu'il faisait, et qui il fréquentait. "Ici habitait mon copain Michel, ici habitait Elisabeth, ma première petite copine, elle avait huit ans :)" C'était à la fois touchant et amusant. Puis nous sommes passés devant une petite maison où un vieil homme s'affairait à ranger le coffre de sa voiture. "C'est Monsieur Aubert !" s'est exclamé le père de mon ami en serrant le frein à main. Et il est allé discuter avec le monsieur, quarante cinq ans après l'avoir vu pour la dernière fois. Nous, nous étions restés dans la voiture. Le père nous a finalement appelés. Nous sommes descendus et là, le papa discutait avec une dame fort âgée, au moins quatre-vingts ans, accoudée sur deux béquilles. Ce qui était étonnant, c'était son visage : entièrement maquillée, de façon limite provocatrice. Sur un visage aussi vieux, ça faisait bizarre. On sentait qu'elle avait dû autrefois être très coquette. Le père nous l'a présentée : "voici Marie, elle a toujours vécu au village". Et puis, tout fier, il a présenté à Marie ses deux enfants ainsi que moi-même, et il m'a annoncée comme "la femme de mon fils", bien que nous ne soyons pas marié (mais c'est tout comme).
Alors Marie a proposé d'aller appeler Elisabeth, la petite fille dont le papa nous parlait dix minutes plus tôt, celle qu'il nous avait présentée comme sa "première petite copine". En effet, Elisabeth habitait toujours ici, elle était revenue vivre au village depuis quelques années. La vieille dame est retournée passer un coup de téléphone et dix minutes plus tard Elisabeth est arrivée. Quelle émotion ! Le père de Gaétan tremblait, il était réellement très ému. Revoir cette amie d'enfance quarante cinq ans après, quelle stupeur pour lui ! Elle nous a bien sûr invités chez elle.
L'apéritif nous fut offert dans une véranda sous un soleil de plomb. Après quoi elle nous a emmenés dans la maison du grand-père, cette maison précise ou le papa de mon ami habitait. C'est une dame qui nous accueillis, Elisabeth lui a dit : "Ce monsieur a vécu son enfance dans cette maison..." La dame en fut très surprise. Elle tenait une petite fille de deux ou trois dans ses bras, et la petite nous regardait très étonnée, je crois qu'elle se demandait qui étaient ces gens qui entraient chez elle. La dame s'est gentiment proposée de nous laisser visiter les lieux. Le père de mon ami a revu la maison, après tout ce temps : sa chambre, la cuisine, le garde-manger... Tout avait été refait et modernisé mais il se rappelait de chaque pièce. La dame a dit à sa petite fille : "Tu vois le monsieur, autrefois, ici c'était sa chambre". Mais la petite fille n'a pas eu l'air de comprendre...
Voila, ce fut une matinée vraiment exceptionnelle, et qui m'a permis de voir mon "beau-père" sous un jour nouveau, vraiment très humain. Ce sont des choses comme ça qui vous donnent envie de vivre et d'avancer.
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Commentaires
Dzana,
Je vais réitérer ce que j'ai eu l'occasion d'écrire il y a quelques jours: compilez vos différents billets et faîtes-en un livre, sous forme de journal. Je ne sais pas si vous ferez un tabac en librairie, mais vous aurez au moins un lecteur, et même deux, car cela pourrait permettre à mon épouse de faire des progrès en français (je sais, je devrais lui parler en français, et non en croate, mais je tiens à notre langue).
Bref... continuez!
Bonjour Mate,
Alors, si c'est pour permettre à votre épouse de faire des progrès en français, c'est pour la bonne cause ! Merci :)
Bonjour Dzana,
Comme d'habitude c'est un plaisir de lire vos billets. Celui-ci est particulièrement touchant et plein d'humanité avec ces petits détails qui composent la vie de chacun.
Bonne fin de semaine.
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