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22
janvier 2012
Nuit en forêt
Le grand moment est enfin arrivé : passer une nuit en forêt ! Bon, on n'est pas allé bien loin : juste en face du carbet, de l'autre côté de la rivière, donc tout près de la civilisation. Mais il n'empêche qu'on était bel et bien au milieu des arbres et de la verdure, dans nos hamacs et en pleine nature. Et ça a quelque chose de très... rafraîchissant :)
Donc un jour, Pierre nous a donc déposés de l'autre côté de la rivière, et ensemble nous avons choisi un emplacement pour cette grande nuit qui nous attendait. Dans ces cas-là, la première chose à faire, c'est de s'assurer qu'il n'y a aucun arbre mort dans les parages. Car comme je l'ai déjà signalé, la chute des arbres est le danger numéro 1 dans cette jungle. Il convient donc de scruter les environs pour s'assurer qu'il n'y en a aucun dans un périmètre de cinquante mètres. Un arbre mort se reconnaît au fait qu'il n'a plus aucune feuille. Mais c'est souvent un peu difficile, car quand un arbre est mort, son tronc est souvent entouré de tas de plantes, lierres, lianes pleines de feuilles, qui profitent de ce tronc mourant pour s'élever en altitude. Il faut donc bien s'assurer que les feuilles que l'on voit sont bel et bien celles de l'arbre, et non celles de ses hôtes.
Une fois rassurés sur ce point, il faut trouver des arbres espacés de la largeur idéale pour y accrocher un hamac, c'est à dire environ quatre mètres. Ce qui n'est pas bien dur, vue la quantité astronomique d'arbres qu'il y a partout, et de toutes les tailles. A éviter également : un arbre dans lequel se trouverait une fourmilière, car elles ne manqueraient pas de venir visiter votre hamac en pleine nuit, ce qui ne serait pas franchement agréable, même avec la moustiquaire :)
Nous avons donc trouvé quatre arbres : deux pour mon mari et deux pour moi, tout près les uns des autres. Etape suivante : déblayer le sol, afin d'obtenir un terrain agréable et dégagé pour la soirée, la nuit et le lendemain matin. En effet, si vous vous levez pieds nus, ou même en sandales, il est préférable de marcher sur de la terre compacte plutôt que de patauger dans les hautes herbes, car on se sait jamais trop quelles bestioles grouillent là-dedans. Il convient donc, pendant une bonne vingtaine de minutes, de dégager tout ce qui est petits branchages morts, vieilles souches, et de couper les petites pousses autant que possibles.
Etape suivante : installer les hamacs. Ou plutôt, tout d'abord, les bâches. En effet, étant donné la pluie qui tombe à intervalles réguliers, il serait impossible de dormir à ciel découvert. On tend donc une petite corde entre les deux arbres, et par dessus on pose une sorte de bâche, que l'on étend en ses quatre extrémités avec des ficelles. On fabrique donc une sorte de toit artificiel, et c'est au-dessous de ce toit que l'on accroche le hamac. Là encore il y a une précaution à prendre : le hamac est sous la bâche, certes, mais la corde qui attache le hamac est autour du tronc, donc exposée à la pluie. Voila pourquoi il faut installer un barrage artificiel, avec un mousqueton en métal et un bout de caoutchouc (genre chambre à air) entre le tronc et le hamac, barrage qui va freiner l'arrivée de l'eau. Une petite photo vaut mieux qu'un long discours alors voici le montage en question :
Accrochage du hamac
La bâche, le hamac et la moustiquaire
Ce fut ensuite le moment d'une petite partie de pêche, car le soir en forêt, c'est le poisson qui constitue le plat principal. Le poisson est un mets plein d'énergie, de protéines, sels minéraux et vitamines, c'est agréable au goût, et très facile à attraper, ce qui n'est pas une qualité négligeable. C'est fou la quantité de poissons qu'il y a dans les rivières guyanaises. Des milliards de milliards ! Parfois on en pêche même sans le faire exprès ! Par exemple un jour, j'ai mis ma touque (bidon en plastique) dans la rivière pour prendre de l'eau. En remontant ma touque : un joli poisson s'était fourré dedans. Une autre fois encore, c'est carrément un poisson qui a sauté dans notre canoë alors qu'on n'avait rien demandé. Bien souvent, quand on pêche, il suffit de mettre à l'eau un ver de terre quelconque, pour qu'en quelques secondes un bon poisson vienne mordre à l'hameçon.
Vient alors le moment de faire du feu. Pierre nous avait laissés seuls, car dans le cadre de son emploi au carbet, il est tenu d'y passer la nuit. Gaétan s'est occupé de ramasser du bois de toutes sortes, des petites brindilles jusqu'aux grosses branches. Ici, le moins qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas le bois qui manque. Le seul problème, c'est que ce bois est généralement tout mouillé, voire carrément détrempé, vu qu'il pleut tous les jours. Et mettre le feu à du bois trempé, ce n'est pas toujours évident. Tout d'abord, il s'agit de créer un petit quadrillages de brindilles, posées contre une bûche. on place alors un morceau de sève d'encens au-dessous, on allume et on ventile avec un couvercle pour que la flamme prenne du volume. Ainsi, petit à petit elle embrase les brindilles, et le moment vient de couvrir tout cela avec des petites branchettes, puis des branches un peu plus grosses et ainsi de suite. Tout cela est assez long, il faut en général compter une bonne demi heure avant d'obtenir un bon feu bien chaud et bien agréable. On peut alors faire cuire le poisson, soit en le posant sur des branchages au-dessus de la chaleur, soit en le faisant bouillir dans un marmiton.
Un peu plus tard la nuit est tombée, et il ne restait plus que notre feu pour nous éclairer. Ca avait quelque chose d'agréable et de douillet, quelque part. Un feu, ça fait tellement de bien, et pas seulement physiquement. Ca symbolise une certaine puissance, une vraie force naturelle, pas étonnant qu'il ait été vénéré par les civilisations du passé, et pas uniquement pour des raisons matérielles. Selon moi, le feu est l'élément vital par excellence, tout est dans le feu, toute l'univers peut se comprendre à travers une simple flamme. Et c'est encore mieux si on y adjoint l'eau. L'eau et le feu, c'est la base de tout ! Le feu c'est le soleil et l'eau c'est la lune, le feu c'est l'homme et l'eau c'est la femme, le feu s'élève à la verticale et l'eau s'étend à l'horizontale, les deux forment ainsi la grande croix cosmique, charpente de l'univers :) Bref.
Mon instant préféré, c'est quand je me glisse dans le hamac. Hmmm... c'est doux. Une fois que le feu est mort, on est presque plongé dans le noir complet. Car évidemment, étant donné les feuillages, la lumière de la lune et des étoiles ne parvient pas jusqu'au sol. Cependant une petite lumière persiste, et elle paraît magique : les lucioles ! Oui, on voit souvent des dizaines et des dizaines de petites lucioles qui volent dans les airs et dans tous les sens, comme un grand feu d'artifice. Elles brillent très fort, si bien qu'on les voit de loin, et de tous les côtés, c'est féerique comme décor. J'ai posé ma lampe torche sur mon épaule afin de lire un petit peu, mais je me sentais si bien et si décontractée que je suis tombée dans le sommeil sans avoir le temps de lire une seule page.
Malheureusement, j'avais mal accroché mon hamac, et il n'était qu'à vingt centimètres du sol. C'est nul, mais je n'avais pas eu la motivation de le rehausser avant de me coucher. Résultat : au fil des heures il a continué de s'affaisser et au beau milieu de la nuit je touchais le sol. Impossible de dormir dans ces conditions, surtout qu'il s'était mis à pleuvoir et que le sol se gorgeait d'eau. J'ai donc dû me lever en pleine nuit, allumer la lampe torche, ce qui attire tous les insectes, et me dépêcher de renouer le hamac en essayant de rester sous la bâche pour éviter la pluie. Quand je me suis recouchée j'étais un peu mouillée, et j'avais reçu quelques petites piqûres de je ne sais quoi, certainement des moustiques. Heureusement rien de grave. Gaétan dormait tranquillement, et quand je lui ai raconté ça le lendemain matin il a bien rigolé. Mais moi beaucoup moins.
Après ça j'étais complètement réveillée et n'avais plus vraiment envie de dormir. Alors j'ai rallumé à nouveau la torche, et de mon hamac, j'ai regardé sur le côté. La pluie tombait à grands torrents, comme d'habitude, et le vent soufflait assez fort, les petits arbres penchaient légèrement. Toute cette masse d'eau produisait un crépitement intense sur la bâche. Et pour courroner le tout, à quelques mètres de là, un crapaud était en train de chanter. Il croassait tellement fort qu'il m'était impossible de dormir. J'ai finalement réussi à m'endormir, mais je me suis mise à rêver et dans mon rêve, je me voyais en train de sortir de mon hamac et partir à la recherche du crapaud. N'importe quoi !
En fin de nuit j'ai été à nouveau réveillée par le froid. Dans la journée il fait très chaud, mais juste avant le lever du soleil la température descend en flèche, et l'atmosphère se rafraîchit considérablement. Il ne fait pas trop froid, non, mais il est quand même nécessaire d'enfiler une paire de chaussettes et un pull, ce qui paraît surréaliste quand on sait qu'on est quasiment sur l'équateur. Un peu plus tard le soleil s'est levé, et Gaétan et moi sommes sortis de nos hamacs respectifs. Lui il avait dormi comme un bienheureux, sans même s'apercevoir qu'il avait plu la majeure partie de la nuit, et sans même avoir entendu les croassements tonitruants de mon ami le crapaud. Nous avons démonté les cordes, les hamacs et tout le reste, et rangé tout cela dans nos touques, puis nous sommes allés nous asseoir tranquillement au bord de la rivière en attendant que Pierre, de l'autre côté, ne se lève et ne vienne nous chercher.
Nous étions tout crasseux mais heureux. Crasseux, car on avait mal géré notre rangement de matériel dans les touques, et avions été obligés de les vider/remplir plusieurs fois sur la terre trempée (depuis ce jour, nous sommes beaucoup mieux organisés sur ce point). Mais heureux, car une nuit en pleine nature, ça a quelque chose d'incroyablement reposant, relaxant et décontractant. Enfin la première chose qu'on a faite, une fois de retour au carbet, c'est de prendre une bonne douche :)
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