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dimanche
08
janvier 2012

Kourou

Rubrique : Quotidien .

Un jour, Pierre nous a présenté un homme venu passer l'après-midi au carbet : un certain Antoine, légionnaire encore en service. L'histoire qui lie ces deux hommes est touchante : Pierre et Antoine étaient dans le même régiment à leurs débuts dans l'armée, ici-même en Guyane. Puis la vie les a séparés, Pierre a quitté la légion pour d'autres horizons. Mais quand il est revenu en Guyane il y a quelques mois, par le plus grand des hasards à un coin de rue, il est retombé nez à nez avec Antoine. Ce furent de chaleureuses retrouvailles et ils sont évidemment restés en contact.

Antoine est venu passer l'après-midi au carbet, car il avait une "affaire en or" à proposer à son vieil ami : un nouvel emploi, beaucoup plus lucratif et intéressant, selon lui, que le carbet. Le job en question : agent de sécurité dans une mine d'or en forêt. Pierre n'était vraiment pas emballé : l'aspect financier ne le touche pas, et il garde un (très) mauvais souvenir de ses anciennes expériences dans les mines et pour cause : c'est là qu'il y a perdu son pied, comme j'ai eu l'occasion de le raconter dans un précédent billet. Mais par politesse envers son ami, il a accepté de discuter avec son futur éventuel employeur, et un rendez-vous fut fixé quelques jours plus tard à Kourou, deuxième ville de Guyane après Cayenne, en terme de population et d'importance historique.

Pierre nous a proposé de l'accompagner, ce que nous avons accepté, ce serait ainsi l'occasion de découvrir une nouvelle ville. Ne restait plus qu'à trouver une voiture et un chauffeur, ce qui fut fait en la personne d'un certain Georges, un voisin du quartier que tout le monde appelle "Jojo" et qui avait lui aussi un ami à voir à Kourou. Ce fut donc l'occasion de faire la connaissance de ce Jojo qui est, lui aussi, un personnage tout à fait original. Mais c'est un pléonasme : j'ai l'impression qu'ici, en Guyane, tous les Métropolitains sont de grands originaux. Eh oui, pour décider de s'installer ici et d'y vivre sa vie, il faut, d'une certaine manière, avoir une vision particulière du monde, voire carrément un petit grain de folie, car plus le temps passe, plus je réalise que cette région est à bien des égards absolument déjantée et surréaliste... et j'aime ça !

Le premier contact avec Jojo fut pourtant très déplaisant, voire insupportable. Sitôt en voiture, voila qu'il s'en prenait à la Guyane entière et à ses habitants, s'exclamant de sa voix forte : "Regardez les moi ces Guyanais, comme ils sont feignants, feignants ! Y a pas plus feignant. Pis ils sont gros ! Et gras ! C'est normal puisqu'ils sont feignants. Les Guyanaises c'est pire : à vingt ans elles sont mignonnes, à vingt-cinq ans elles ont déjà doublé de volume, et à trente elles virent au monstre !" Voila ce qu'il disait. Et encore je ne reporte pas toutes ses paroles, sinon ce paragraphe deviendrait franchement vulgaire. "Quel grossier personnage", pensais-je en moi-même. C'est vrai quoi, s'il n'aime pas les gens il n'a qu'à partir, personne ne le retient !

Mais bizarrement, on s'est aperçu qu'il ne pensait pas un mot de tout ce qu'il venait de raconter. Cinq minutes après il disait le contraire et avec autant de force : "Les Guyanais, c'est un peuple fier ! Si la France ne leur mettait pas des bâtons dans les roues, cette région serait la plus dynamique d'Amérique du Sud !" Oui, il est bizarre, difficile à cerner. Capable de dire tout et son contraire en moins de cinq minutes. Toujours d'une voix forte, éclatant de rire pour un oui ou pour non, et surtout un énorme sourire qui lui traverse le visage à tout bout de champ.

Sa tradition quand il conduit : il s'arrête toutes les vingt minutes pour boire un coup (jus de fruit bien frais, soda ou cocacola quelconque). Il gare la voiture devant un Chinois (c'est à dire une épicerie tenue par un Chinois), fait la causette avec le vendeur et les clients (il connaît tout le monde), puis c'est reparti. Et vingt minutes plus tard rebelote : nouvelle pause chez un nouveau Chinois. Quelque part j'aime bien cette façon de bouger : au moins on prend son temps, on ne se presse pas, et on arrivera quand on arrivera !

Plage de Kourou
Plage de Kourou
Tour Dreyfus à Kourou
Tour Dreyfus à Kourou

Nous sommes donc arrivés à Kourou en fin de matinée. On voulait fixer un rendez-vous à Jojo pour le lendemain matin, pour le trajet du retour, mais cela lui a paru trop compliqué. Comme il avait sur lui deux téléphones portables, il en a donné un à mon mari en lui disant : "Ecoute, demain matin quand vous êtes prêts, tu me passes un coup de fil et on voit". (j'ai un téléphone, mais pas de carte sim locale). Voila typiquement le genre de comportement de Jojo : capable de confier son téléphone à quelqu'un qu'il connaît depuis quelques heures à peine. "Et si quelqu'un t'appelle ?" a demandé Gaétan. "Tu lui dis qu'il a dû faire un faux numéro", a répondu Jojo.

Le rendez-vous de Pierre n'étant que le soir, cela nous laissait tout l'après-midi pour visiter Kourou. Bon, autant le dire tout de suite : on en a vite fait le tour. Autant une ville comme Cayenne présente un certain charme, de même que tous les petits villages guyanais, autant la ville de Kourou ne présente par le moindre intérêt. Le centre-ville est froid et mort, très inconfortable. Heureusement, le bord de mer est plus agréable, mais aussi cette rue qui mène à la rivière, et où se trouvent quelques uns des plus anciens bâtiments de la ville, notamment l'église. De la plage, on apercevait les fameuses îles du Salut. C'est sur ces îles (plus précisément l'île du Diable), tristement célèbres, que se trouvait autrefois le bagne de Guyane et où des tas de pauvres hommes moururent dans des conditions inhumaines. C'est ici que fut emprisonné Henri Charrière, l'auteur du merveilleux roman Papillon, mais aussi le lieutenant-colonel Dreyfus, en l'honneur duquel fut érigé une tour en bord de mer (photo ci-dessus).

Mais le clou de l'après-midi, c'est quand nous sommes passés devant un petit cabanon sur lequel était écrit "Tatous - piercings". Il se trouve que c'est précisément ici, dans cette cabane, que Pierre avait fait réaliser vingt-cinq ans plus tôt ce grand tatouage qui décore tout son torse et tout son dos. Tatouage qu'il regrette énormément, et qu'il donnerait beaucoup pour le faire retirer, si c'était possible. Ce tatouage comportait une femme aux seins nus. Comme Pierre est devenu très pudique, il est entré dans le cabanon et a demandé à la tatoueuse (qui était elle aussi la même, avec vingt-cinq ans de plus !) de tatouer un soutien-gorge sur les seins de la jeune femme :)

C'est ainsi que les heures ont passé, et en début de soirée nous nous sommes dirigés vers l'adresse d'Antoine le légionnaire, qui habite une maison à Kourou avec sa femme et ses trois enfants, et où il était prévu que nous passions la soirée et la nuit. La suite plus tard :)

Billet suivant : Kourou (suite)
Billet précédent : Au royaume des guêpes


Commentaires

Le dimanche 08 janvier 2012 à 23:04 par charlie ( site web )

Bonsoir Dzana,

Permettez-moi de vous présenter ainsi qu'à votre compagnon mes voeux les meilleurs pour 2012, avec tous mes souhaits de réussite dans cette nouvelle vie que vous avez choisie.
Amicalement.

Le mardi 10 janvier 2012 à 23:08 par Dzana

Bonjour Charlie,
Je vous remercie, et vous souhaite également une excellente année 2012 et tous mes voeux de bonheur.

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