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mardi
27
décembre 2011

Sortie en canoë

Rubrique : Quotidien .

Quelques jours plus tard, nous avons décidé de louer un canoë et de faire une petite sortie sur la rivière qui passe devant le carbet, le temps d'un après-midi. Ce n'est pas grand chose mais pour nous c'était une grande première : nous allions pagayer sur une rivière d'Amazonie ! Pierre nous a prodigué ses conseils et nous a équipés de deux pagaies et d'une touque. Une touque est un bidon en plastique hermétique, idéal pour y ranger les vêtements, la nourriture et autres denrées précieuses qui ne doivent surtout pas prendre l'eau.

Avant de partir, il nous a aussi parlé d'une curiosité intéressante : un arbre à encens, plus haut sur la rivière. Les arbres à encens, très nombreux en forêt guyanaise, ont le bois de couleur blanche et dégagent une forte odeur agréable aux narines. Leur tronc comporte en général quelques fissures d'où coule de la sève. Il s'agit alors de récupérer un peu de cette sève, car c'est une substance aussi amusante qu'utile : en plus de sentir très bon, elle s'enflamme facilement et brûle longuement. Ainsi, il devient facile d'allumer un feu même en pleine forêt.

Les premières minutes sur la rivière furent difficiles. Nous avions chacun une pagaie, mais moi qui n'ai pas beaucoup de force, j'avais un peu l'impression de pagayer dans le vide ! Heureusement que mon mari a fait beaucoup de kayak il y a quelques années, bien que le kayak se pratique avec une double pagaie, tandis que le canoë se pratique avec des pagaies simples, ce qui est plus difficile, surtout pour maintenir une direction en ligne droite. Voila pourquoi on n'arrêtait pas de partir dans tous les sens, de nous payer les berges de plein fouet, et même de faire demi tour involontairement ! On a bien rigolé :) Mais petit à petit on a pris le pli et on a réussi à avancer en gardant le cap, doucement mais sûrement.

Un peu plus loin nous sommes passés devant ce que les gens d'ici appellent le "territoire des chiens", car toute une meute de chiens errants fous furieux s'est accaparée ce bout de territoire et hurlent comme des enragés en montrant férocement les crocs dès qu'un canoë passe par là. Mais ils ne sont pas fous et ne se jettent pas à l'eau. Les chiens guyanais ne prennent jamais ce risque, ils savent bien que l'eau grouille d'animaux qui ne rigolent pas : poissons carnivores, raies électriques, serpents aquatiques, etc... Pierre nous avait dit que l'arbre à encens se trouvait un peu plus loin, sur la berge opposée. Nous avons donc longé la berge en la rasant de près, et effectivement, nous avons bientôt ressenti une forte odeur d'encens. Nous avons donc accosté et trouvé le fameux arbre. A l'aide d'un couteau, Gaétan a découpé un bloc de sève et nous l'avons rangé précieusement dans la touque pour le faire brûler plus tard.

Rivière
La rivière

Nous avons encore pagayé jusqu'à une zone où la rivière se perd en une multitude de méandres plus ou moins marécageux. On a attaché le canoë à un palmier et on s'est reposé un peu, parce que mine de rien, le pagayage, ça fatigue ! On a surtout profité de cette belle vue et des étranges bruits de la forêt. Le soir commençait à tomber, aussi la température commençait à se faire douce. On est donc resté une bonne demi heure ici à flâner puis nous avons commencé le chemin en sens inverse pour rentrer au carbet.

On aurait peut-être dû reprendre le chemin plus tôt, car quand la nuit est tombée, on n'était encore qu'à la moitié du parcours. Grâce à la lumière de la lune et des étoiles on pouvait quand même se repérer sur la rivière. Mais par moments, quand on passait sous un amas d'arbres touffus, on n'y voyait plus rien du tout et on avançait dans le noir presque complet. Je n'étais pas très rassurée, bien que ça ne représente en réalité aucun danger particulier. Finalement, après une bonne heure de pagayage nous avons vu de la lumière : c'était le carbet. Pierre nous a aidés à débarqué avec un grand sourire, il semblait heureux de nous voir faire nos premières expériences dans la forêt.

Avant de terminer ce petit billet, je vais dire quelques mots au sujet de Philippe, le patron du carbet. Au début, il nous paraissait plutôt froid et distant, ne nous adressant jamais la parole. Je crois qu'il voyait d'un mauvais oeil notre amitié avec Pierre, car il n'y a pas un très bon contact entre ces deux hommes. Mais un jour, au bout de deux ou trois semaines, il nous a invités à déjeuner et nous avons enfin pu discuter et sympathiser un peu. Et finalement ça se passe très bien, de temps en temps il nous invite à sa table et tout se passe bien. Il va bientôt fermer son carbet : de janvier à juin, excepté en mars le temps du carnaval de Cayenne, qui paraît-il attire énormément de monde. Mais la preuve que tout se passe bien entre lui et nous : il nous autorise à rester ici, au carbet, y compris pendant cette longue fermeture annuelle. Nous partagerons donc le carbet avec lui et Pierre. Bon, on paye nos nuits, il y trouve donc son compte, mais c'est quand même sympathique de sa part, et nous ça va nous permettre de rester dans cet endroit que nous apprécions tant.

Bonnes fêtes de fin d'année à tous.

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