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mardi
20
décembre 2011

Promenade au village

Rubrique : Quotidien .

Ce soir-là, après la longue conversation avec Pierre, je me suis couchée reposée, la tête pleine d'images de forêt, de rivières et de nature. Et puis pour la première fois, j'allais passer une nuit dans un hamac.

Ce fut d'ailleurs la première leçon : accrocher un hamac. Nous n'avons pas utilisé les crochets fixés aux poteaux. C'est inutile : il suffit d'enrouler la corde autour en faisant des allers et retours, pour obtenir un noeud aussi solide que facile à défaire. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, dans un hamac, on dort très bien. Cela fait plus de trois semaines que je dors chaque nuit en hamac et je ne m'en lasse pas. Il suffit de trouver la bonne position. Il ne faut pas se mettre dans le sens de la longueur, mais légèrement en biais. De cette manière, si l'espacement entre les poteaux ou les arbres est adéquat, et si on est bien en diagonale, on peut presque dormir à l'horizontal, un peu comme dans un lit. On peut aussi dormir sur le côté, et c'est ce que je préfère. Mais il est recommandé d'avoir un coussin ou quelque chose pour poser la tête. Une fois la technique trouvée, on dort vraiment comme des chats :)

Quant à la moustiquaire, on la pose par-dessus le hamac, de préférence en la maintenant à l'aide d'un fil tendu au-dessus, afin qu'elle ne tombe pas sur le corps, auquel cas elle ne servirait pas à grand chose. Ce que j'adore, c'est le soir, une fois dans mon hamac et la moustiquaire bien refermée : j'allume un peu la lampe torche et cela attire des dizaines de petits moustiques et moucherons, qui bien sûr sont inoffensifs du fait de ce rempart. Moins marrant par contre c'est le matin : à la place de moucherons, ce sont de gros taons qui viennent se poser. Et ils font un tel boucan qu'on est réveillé à coup sûr. Ils passent leur aiguillon dans une maille de la moustiquaire et aspirent bêtement, ça fait un long "miiiiip" jusqu'à ce qu'ils comprennent qu'ils aspirent dans le vide, alors ils s'envolent et tentent leur chance dans une autre maille. Bizarrement, ce petit manège ne dure qu'une vingtaine de minutes : après le lever du soleil ils disparaissent, ils vont voir ailleurs si on y est.

Ce matin-là j'ai décidé d'aller faire un petit tour au village. J'ai demandé à Gaétan s'il voulait m'accompagner mais il préférait dormir encore, alors j'y suis allée seule. Le carbet se trouve à environ deux kilomètres du centre de la commune. Je fais le chemin une ou deux fois par jour, aussi je commence à le connaître par coeur. On peut le répartir en trois tronçons. Dans un premier temps, on traverse le "quartier". Ce quartier est en quelque sorte un village à part entière. A vue d'oeil, je dirais qu'il y a environ deux cents habitants, en comptant les nombreux enfants, mais sans compter les chiens, également très nombreux. Les petites maisons sont situées tout du long, de part et d'autre de la route. Ce quartier est majoritairement peuplé d'Asiatiques et de Métros (des Blancs).

Sur le chemin
Sur le chemin

Ensuite, le deuxième tronçon est un passage à travers un petit coin de nature. Rien n'a été construit ici car un peu marécageux, ce qui n'empêche pas les nombreux arbres de pousser. C'est la photo ci-dessus. On y voit très souvent de petits singes. Enfin, on arrive près du centre, et l'on passe devant les maisons habitées par des Guyanais, je veux dire des personnes d'origine africaine. La commune est vraiment très calme, absolument rien à voir avec le vacarme de Cayenne. On y trouve également un "Chinois". En Guyane, la quasi totalité des magasins sont tenus par des Chinois, qui constituent une sorte de grande famille. On trouve de tout dans leurs magasins, de l'alimentaire à la quincaillerie, en passant par la pêche ou le bricolage, et ils sont ouverts tous les jours de la semaine du matin jusqu'au soir. Ce jour-là j'ai acheté un peu de pain et de confiture au Chinois, et je suis allée m'asseoir sur le petit banc à côté de l'église, juste en face de la rivière. Sur l'autre berge j'apercevais la forêt touffue, décidément, elle est vraiment partout, la Guyane est une explosion de végétation.

Plus tard dans la journée, avec Gaétan, nous avons décidé de nous poser ici pour les semaines ou les mois à venir. En effet, ce lieu répondait vraiment à toutes nos attentes. Quelle chance de l'avoir trouvé si rapidement ! En plus, au carbet, il y a une borne wi-fi, outil non négligeable pour travailler. A propos de travail, j'ai été longue à m'y mettre. Souvent les premiers jours, je me posais sur un banc du carbet, mais qu'il est difficile de trouver la concentration quand tout autour de nous nous invite à l'évasion ! Dès que je levais les yeux je voyais la rivière, ou les hamacs, les arbres, les touristes, les pêcheurs... Heureusement que je n'avais rien d'urgent ni d'ennuyeux à faire à ce moment-là. Depuis j'ai trouvé une autre technique : pour travailler je rentre à l'intérieur des locaux, je me cale dans une petite pièce où il n'y a vraiment d'autre faire que se fixer sur l'ordinateur, et ça marche beaucoup mieux :)

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