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11
décembre 2011
Le carbet
Le surlendemain de notre arrivée en Guyane, nous nous sommes levés avec la résolution de chercher un endroit plus tranquille pour passer les jours et les semaines suivantes. En effet, Cayenne est une ville originale, qui mérite d'être connue et visitée, mais sur le long terme il me paraît tout à fait impossible d'y séjourner. J'aime trop le calme et la tranquillité. Et puis ce serait un peu dommage de faire tout ce chemin et de venir en Amérique du Sud pour rester en ville.
En revanche, Gaétan et moi avions à plusieurs reprises entendu parler de "carbet". Ce mot, en Guyane, désigne un abri où l'on passe la nuit en hamac. Cela va du minuscule toit de tôle soutenu par trois piquets jusqu'aux grands carbets de luxe sur plusieurs niveaux avec salle de bain. C'est donc un terme très généraliste. Il peut aussi désigner un endroit où, pour une poignée d'euros, on peut accrocher son hamac et passer la nuit. Et c'est précisément ce genre d'endroits que nous avions en vue.
Nous avons tout d'abord demandé au patron de l'hôtel s'il connaissait des carbets dans les environs. Toujours aussi aimable qu'un glaçon, il s'est contenté de hausser les épaules en disant : "Aucune idée". Merci : si on n'a besoin de rien, c'est à lui qu'on s'adressera ! On s'est donc rabattu sur notre petit livre touristique, qui listait un ou deux carbets pour presque chaque commune du département. Plus ou moins par hasard, on a pris le téléphone pour passer un coup de fil : il nous a été répondu qu'on pouvait venir dès le soir même, en emmenant avec nous nos hamacs.
Ne restait donc plus qu'à acheter deux hamacs. Après avoir marché dans les rues de Cayenne on est finalement tombé sur un magasin presque entièrement consacré à ça : des centaines et des centaines de hamacs ! Comme on n'y connaissait rien, nous avons fait notre choix assez rapidement. On s'est procuré ce qu'ils appellent ici des "hamacs brésiliens". J'ignore pourquoi on les qualifie de "brésiliens", car ils sont tout ce qu'il y a de plus classique. Nous avons également acheté deux moustiquaires, car en Guyane, il est la plupart du temps impossible de dormir dehors sans une solide protection contre les insectes. Il s'agit évidemment de moustiquaires spécialement adaptées pour être associées à un hamac.
Marché de Cayenne
Après ça, nous avons fait un petit tour dans Cayenne, et plus particulièrement au marché. Il s'agit d'un pittoresque petit marché où l'on trouve de tout, des fruits, des légumes, des épices et produits régionaux. Mon mari et moi avons toujours été de bien piètres touristes : on n'achète pas de souvenirs, on n'envoie pas de cartes postales (sauf à ma grand-mère mais ça c'est une longue tradition), on ne participe à aucune visite de groupe, on ne prend presque pas de photos... Je pense que les seuls souvenirs valables et durables, ce sont les traces laissées dans le coeur par les émotions. Et ça, ça ne se photographie pas, et ça s'achète encore moins ! Dans ce petit marché très exotique se trouvait un bouquiniste, et mon attention a été attirée par un livre présentant l'histoire de Raymond Maufrais. Il s'agit d'un jeune homme qui, en 1950, est parti à l'aventure à travers la forêt guyanaise et n'est jamais revenu. L'histoire se serait arrêtée là si son père, persuadé que son fils était encore en vie, n'était pas parti à sa recherche. Une longue recherche de douze ans, ponctuée par dix-huit expéditions... en vain. Raymond Maufrais n'a jamais été retrouvé.
Plus tard dans la journée, nous avons donc pris la voiture, en direction de ce village et du fameux carbet. Il nous restait encore une nuit de réservée à l'hôtel, mais tant pis, nous étions trop impatients de dormir en hamac. Notre route a été ponctuée de plusieurs belles averses. Le climat de Guyane se répartit en deux saisons : la saisons sèche et la saison des pluies. Actuellement, en ce mois de décembre, nous sommes en train de passer du sec vers la pluie. Mais ce n'est pas gênant : il ne pleut pas en continu, seulement par intermittences. Et puis cela rafraîchit l'atmosphère, qui sans ça est extrêmement chaude. Par contre, quand il pleut, c'est pour de bon ! On a l'impression qu'il y a un géant au-dessus de nous qui passe le karcher sur terre, en moins d'une minute de pluie tout devient trempé de fond en comble, tant la pluie est dense et puissante.
Quand nous sommes arrivés au village, la nuit était déjà bien tombée. Nous avons poussé le petit portillon du carbet, où trois chiens sont venus nous accueillir, tout contents de recevoir de la visite. Mais pas une seule âme humaine là-dedans. Pourtant les néons étaient allumés, et on entendait le ruissellement d'une douche en provenance des sanitaires. L'endroit était assez spacieux, il n'y avait pas de murs mais un grand toit soutenu par de nombreux piliers munis de crochets pour y fixer des hamacs. Sur le côté, malgré la nuit noire, on devinait le passage d'une rivière. Il y avait aussi de nombreuses tables de bois, car dans la journée, l'endroit fait office de restaurant. Gaétan a donc appelé : "Y a quelqu'un ?" Et une voix sous la douche nous a répondu : "Oui, asseyez-vous, j'arrive !"
Nous ne le savions pas encore, mais nous étions sur le point de faire la rencontre la plus originale de notre voyage, et peut-être même, si j'ose dire, de toute ma vie ! Ce sera donc l'objet de mon prochain petit billet :)
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Commentaires
Haaaa !!! Quel suspense !
Salut Marie. Tu es bien la Marie du forum, du mail et de "Blagaj city" ?
Pour le suspense, c'est pas vraiment volontaire de ma part, mais c'est que je tenais absolument à consacrer un billet entier à cet homme. Billet qui risque d'être assez long, j'ai commencé à l'écrire et n'en suis encore qu'à la moitié :)
A bienôt !
Yeah!! Trop bien de retrouver tes billets :)
Oui, c'est ça !!
J'ai hate de la suite ! ;)
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