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jeudi
01
décembre 2011

Premiers pas en forêt

Rubrique : Quotidien .

Mon dernier billet racontait le jour de notre arrivée en Guyane. C'était il y a huit jours, mais il s'est passé tellement de choses entre temps que j'ai l'impression que ça fait déjà un mois ! Mais je ne veux pas bâcler mon journal de route, alors je vais reprendre les choses là où je les avais arrêtées, et raconté tranquillement notre première journée. Et tant pis si je prends du retard dans mon récit. Après tout, comme dit un vieux proverbe soufi : on prendra bien le temps de mourir.

Dès le lendemain de notre arrivée, nous avons donc décidé de faire un tour en forêt. Bien sûr, il n'était pas question de nous enfoncer dans la forêt profonde, c'est beaucoup trop dangereux pour les débutants que nous sommes, il faut y aller petit à petit. Mais aux alentours de Cayenne, il y a des petits coins de forêt accessibles, parcourus par des sentiers balisés et sans dangers. Profitant de la voiture, nous sommes donc allés en direction du bord de mer, en face d'une île qui porte le joli nom de "Îlet la Mère", et c'était parti pour une première découverte de la forêt amazonienne.

La première chose qui m'a frappée, c'est le bruit. C'est incroyable le boucan qui règne là-dedans ! Inconsciemment, je m'attendais à quelque chose de similaire à une forêt européenne, peut-être légèrement plus touffue et bruyante. En réalité, le volume sonore est au moins dix ou vingt fois supérieur : des chants d'oiseaux qui retentissent de partout, des cris de bêtes qu'on ne voit pas mais qu'on devine cachées dans les feuillages, des crissements suraigus de cigales, et tout un tas de bourdonnements venus d'on ne sait où. Vraiment, sans exagération, l'aspect sonore est déjà en soi quelque chose de saisissant.

Et que dire de l'aspect visuel... La végétation est luxuriante, extrêmement dense, inextricable. Les arbres sont gigantesques, en moyenne cinquante mètres de haut, et leur feuillage est si épais qu'on ne voit presque pas le ciel. De ce fait, très peu de lumière parvient jusqu'au sol, on a l'impression d'être dans une cave. Oui, une cave, mais la végétation est d'un vert si éclatant que cela produit finalement une sorte de luminosité qui compense celle, quasi absente, du soleil. Les premières minutes, je me sentais un peu oppressée, comme envahie de milliers d'impressions visuelles et sonores inconnues. Mais cette première impression s'est apaisée et après, quel plaisir et quelle beauté !

En moins de deux minutes, j'ai vu plus d'insectes différents qu'en une année. Tout d'abord des fourmis : il y en a partout, absolument partout, il est impossible de poser son regard où que ce soit sans tomber sur une colonie de fourmis. Et bonjour les fourmis : elles sont énormes, facilement un centimètre et demi de long. Elles se déplacent en interminables files indiennes qu'il nous fallait régulièrement enjamber le long de notre chemin. On est même tombé sur une fourmilière, et bonjour la fourmilière : un bon mètre et demi de large pour cinquante centimètres de haut, et des dizaines de milliers de fourmis grouillaient là-dedans. Je n'aimerais pas habiter dedans.

Dans la forêt
Dans la forêt

Autre animal que nous avons rencontré en très grand nombre : les iguanes. Régulièrement on en voyait un individu se promener au bord du chemin et fuir à notre arrivée. Ils sont gros comme une chaussure, mais il paraît qu'en forêt profonde, on en trouve des espèces qui dépassent largement un mètre et plongent dans l'eau dès qu'un intrus s'approche sur leur rivière. Nous avons aussi aperçu des petits singes qui faisaient des acrobaties dans les arbres. Et surtout, clou du spectacle : des colibris ! Ce petit oiseau, léger comme une plume, est l'un des rares oiseaux au monde à être capable de faire du sur place dans les airs, à la manière d'un hélicoptère. Et sa deuxième originalité est qu'il butine les fleurs comme une petite abeille, au travers de son bec en forme de trompe. C'est vraiment l'animal qui, jusqu'à présent, m'a laissé la plus forte impression. En revanche, à côté de tous ces animaux curieux et inoffensifs, on a aussi eu affaire à un taon très têtu. Au début on se demandait de quoi il s'agissait : il a foncé sur nous comme un Mirage 2000. Il était bruyant comme une tondeuse à gazon, et moche comme... comme un taon justement :) Il se laisse facilement impressionner par les mouvements, il ne nous a donc pas piqués, mais il lui a fallu une bonne vingtaine de minutes avant de renoncer. C'était il y a huit jours. Depuis, nous avons appris une technique extrêmement simple et terriblement efficace pour se débarrasser d'un taon agressif en moins de cinq secondes. J'en reparlerai à l'occasion.

De temps en temps, je scrutais la forêt et me demandais comment on pouvait d'une part évoluer là-dedans, hors des sentiers battus, tant la végétation y est dense, et surtout comment on peut y passer la nuit. Car si je suis venue en Guyane, c'est pour découvrir la forêt, ça prendra le temps que ça prendra, et j'irai progressivement, mais tôt ou tard, je sais que je passerai au moins une nuit là-dedans. Et mon mari aussi. Par contre, pour lui, tout va bien. En fait nous sommes assez différents sur ce point : lui il n'a peur de rien, il se lance facilement à l'aventure, tête baissée et la fleur au coeur. Alors que moi il me faut beaucoup plus de temps. Mais c'est bien, on se complète : bien souvent, quand je sens qu'il se précipite, je suis là pour le retenir un peu. Et inversement, des fois, c'est lui qui m'aide à me lancer quand je suis trop hésitante.

Donc là pour le coup du hamac, comme je réfléchissais à haute voix, Gaétan me montre deux arbres et me dit :
_ Bah regarde, là tu as deux arbres, tu peux mettre un hamac et une moustiquaire et c'est parti, tranquille, comme à la maison.
_ Tu as déjà dormi dans un hamac ? lui ai-je demandé.
_ Oui, tu sais bien, chez mes parents, l'été, on a un hamac dans le jardin pour la sieste.
_ D'accord, mais entre le jardin de tes parents et la forêt vierge, ce n'est pas tout à fait pareil ! ai-je dit à juste titre.
_ Ouais, enfin un hamac ça reste un hamac, pis quand tu pionces tu t'en fous tu sais pas où t'es.
Moui... j'ai quand même des doutes sur la teneur de son raisonnement !

Après cette petite promenade, on s'est arrêté un moment sur la plage. On nous avait dit qu'il était impossible de se baigner en Guyane, car soit disant l'eau est trop boueuse, en raison des alluvions rejetées par l'Amazone au Sud. Eh bien c'est faux, on a vu des gens se baigner, et Gaétan a fait de même. Malheureusement, moi, je n'avais pas mon maillot de bain. Mais ce n'est que partie remise :)

Nous sommes ensuite rentrés sur Cayenne. On pensait retourner tranquillement à l'hôtel, mais en réalité, nous ne le savions pas encore mais cette journée était loin d'être terminée, et nous n'étions pas au bout de nos surprises. Mais chaque chose en son temps, j'écrirai cela calmement dans les jours qui viennent.

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Commentaires

Le dimanche 04 décembre 2011 à 01:36 par Mag

Salut Dzana!
Je suis tombée par hasard sur ton blog, en googlisant "chatière, expliquer", car ma minette est un peu nouille là dessus... et me voilà plusieurs heures plus tard, absorbée dans tes récits, ton histoire. C'est vrai que tu écris bien! Continue!
Les textes sur ton enfance m'ont, bien sûr, beaucoup touchée, d'autant plus que je suis très amie avec une croate... j'avais déjà entendu parler de ces mecs qui se mettent bien à l'abris dans les hauteurs ou derrière les montagnes pour assiéger des villes, et il y a aussi une snipper alley à Dubrovnik. Je me revois, pendant que tout ça se passait, c'était mes années lycée à Paris, ça fait bizarre.
J'ai plusieurs fois survolé ton pays de Zagreb à Dubrovnik, et j'avais pour projet de louer une voiture au printemps, depuis Zagreb, tellement ce que je voyais de l'avion m'avait l'air joli, nouveau, attirant, ces villages aux pieds des montagnes... ces étendues... (des conseils de destinations peut être, ou de façon de voyager?)
Bonne installation en Guyane, bonnes aventures!

Le lundi 05 décembre 2011 à 00:28 par Dzana

Bonjour Mag,

Je ne savais pas qu'on tombait sur mon blog en cherchant "chatière expliquer" sur Google :) Mais c'est vrai, j'ai un jour raconté les déboires de Minouchka, ma chatte, quand je lui avais installé une chatière. C'était un août 2007, ça commence à dater, j'avais quasiment oublié cette anecdote !

N'hésite surtout pas à visiter la Bosnie. Surtout si tu aimes la Croatie : tu ne pourras pas être déçue par la Bosnie. Si tu veux visiter, il faut y aller en mode "voyageuse", c'est à dire pas en mode "touriste". Oublie tout voyage organisé, fais le à ton rythme, selon tes envies. L'incontournable c'est bien sûr Sarajevo. Pour le reste, à toi de voir. L'Herzégovine regorge de jolis coins, surtout des endroits naturels, mais aussi la ville de Mostar (jolie à visiter, mais hélas chargée d'une histoire lourde qui la rend invivable sur le long terme). Si tu veux tout savoir ou préparer un voyage, n'hésite pas à venir sur notre forum ;)

Merci beaucoup pour ta visite et ton message,
A bientôt,
Dzana

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