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19
novembre 2011
Séjour en Bosnie
Mon séjour en Bosnie touche à sa fin, et ça me fiche un drôle de cafard. Chaque fois que je viens c'est pareil : au moment de partir, j'ai l'impression non seulement de quitter le pays, mais aussi une part de moi-même, et dire adieu, une fois de plus, à mon enfance et à toutes ces choses qui me sont chères. Ce sentiment est d'autant plus renforcé qu'on est en plein automne, saison mélancolique par excellence, et qu'en plus de quitter la Bosnie, dans quelques jours, je quitterai aussi la France métropolitaine.
Chacun de mes séjours ici est identique, et pourtant c'est toujours une nouveauté. Quand j'arrive, mon père fait quelques pas vers moi avec un sourire très... "paternel", puis me prend dans ses bras, passant sa main dans mes cheveux, et me serrant tellement fort contre lui que ça me fait souvent un peu mal à la nuque. Mais ce genre de douleur fait un bien fou. Quant à ma mère, elle est plus douce et aux petits soins, eh eh. Je l'emmène au moins une fois dans le centre-ville de Sarajevo, parce que d'elle même, elle ne sort vraiment pas beaucoup.
Cette fois-ci était un peu particulière car Grand-mère aussi était à la maison. J'étais heureuse de la revoir car il y a quelques mois j'ai beaucoup pleuré en pensant à elle. Mon père m'avait téléphoné en pleine matinée pour me dire : "Grand-mère est tombée, elle s'est fait une fracture au bras". Je n'aurais pas cru que cette nouvelle me ferait un tel choc. Je n'ai pas arrêté de penser à elle pendant plusieurs jours. Je revoyais ces moments si simples et pourtant merveilleux de mon enfance, quand j'allais chez mes grands-parents en Herzégovine. Le matin, avec Grand-mère on allait au village et sur le chemin elle me chantait des chansons. Des souvenirs comme ça, ça ne s'oublie pas... Elle fait partie des piliers sur lesquels je me suis construite, et sa disparition laisserait un grand vide en moi. Il y a un peu plus d'un an, Jean d'Ormesson a sorti un livre intitulé : "C'est une chose étrange à la fin que le monde." Moi j'aurais plutôt mis : "C'est une chose étrange à la fin que la vie". C'est vrai, on naît de la fusion sexuelle entre deux êtres, on passe neuf mois dans un ventre, on sort de là, et du premier au dernier jour on est submergé par des millions d'émotions, tellement submergés que beaucoup finissent noyés. Et tout ça pour un jour refermer les yeux et retourner là d'où l'on vient. Qui donc peut m'expliquer quelle logique il y a derrière tout ça ?
J'ai aussi revu mon frère, qui était particulièrement excité par les deux matchs de qualification de la Bosnie contre le Portugal, qui malheureusement se sont terminés par une sévère débâcle. Sa petite Selma est adorable, elle a déjà trois ans et demi. Il m'a encore demandé quand je serais maman à mon tour. Franchement, si ça ne tenait qu'à moi, j'en aurais déjà douze ! Mais mon mari m'a toujours dit qu'il ne voulait pas envisager la question avant ses trente ans. Et il en a vingt-huit. Et au fond, je suis assez d'accord, nous avons mené une vie assez instable et très mouvementée ces dernières années, et nous allons continuer avec ce départ en Amérique du Sud. Toutes ces choses ne seraient pas possibles s'il y avait parmi nous un troisième être humain tout fragile.
J'ai également passé trois jours à Banja Luka, auprès de Bojana qui est elle aussi l'heureuse maman d'un petit garçon de même pas un an. Mine de rien, elle s'est bien assagie, Bojana, depuis son mariage et surtout son bébé. Il faut dire qu'elle partait de loin, durant toute son adolescence et jusque vers 25 ans, elle a mené une vie très décousue, prise dans un interminable cycle de coups de foudre et de déceptions amoureuses. Combien de fois l'ai-je entendu me dire : "J'ai rencontré un homme génial !" Tout ça pour le quitter six mois plus tard et sangloter pendant des jours et des jours. Heureusement, je crois vraiment que cette fois-ci, avec son mari, elle a trouvé l'homme qui lui convenait. En tous cas ils forment un beau petit couple tous les deux, et leur enfant a l'air joyeux comme tout. Bojana est toujours serveuse, mais plus dans le même bar, maintenant c'est dans un club plus chic et plus tranquille. Un après-midi, comme elle travaillait, j'ai gardé son bébé tout l'après midi et j'ai adoré ça. Dès qu'il était tout seul un peu trop longtemps, il pleurait, alors je prenais sur mes genoux et il me faisait un sourire qui me bouleversait. Dans ces moments-là, je me demandais qui, du bébé ou de moi-même, ressentait le plus de joie !
Tout a une fin, et demain, retour en France. Je suis partagée entre la tristesse de quitter Sarajevo et le bonheur de partir en Guyane française. Dans quelques jours, c'est le grand départ ! Rien que d'y penser, j'en ai le coeur qui bat, d'impatience et d'enthousiasme. Ma mère le vit malheureusement un peu mal, elle a du mal à comprendre pourquoi je pars si loin. Mais mon père, lui, trouve ça excellent. Ce matin, alors que j'étais auprès de lui dans son atelier et que nous parlions de tout cela, il s'est arrêté de travaillé, et m'a regardée avec un petit sourire en me disant : "Quelle chance tu as de pouvoir voyager..."
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Commentaires
Bon voyage ! Neka vam je sretno u novom životu :)
Aaaaah ! Ca fait toujours plaisir de te voir par ici ma p'tite bee :) Merci !
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