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jeudi
31
janvier 2008

Le secret de Nedzad

Rubrique : Enfance . Mots clé : Nedzad.

Si je parle de mon enfance sur ce blog, qui pourrait bien s'intituler "Souvenirs d'une Bosniaque", c'est peut-être surtout pour éviter que tous ces souvenirs ne tombent dans mon oubli. Parce que plus les années passent, et plus ces choses-là me semblent lointaines et floues. Et j'ai bien peur qu'un jour, il ne m'en reste plus rien.

Bien sûr, ce ne serait pas dramatique. L'important n'est pas ce qu'on a vécu, mais c'est ce que l'on fait de ce vécu. Et je sais aussi que le jour où il faudra mourir, une fois arrivée là-haut, ils me rafraîchiront la mémoire, et me demanderont de tout leur raconter pour mettre en évidence et peser le bien et le mal que j'aurai faits. Oui mais en attendant, si je souhaite plus tard raconter tout ceci à mes enfants ou à mes petits-enfants, comment le ferai-je s'il ne m'en reste que des bribes ? J'ai l'impression que mes souvenirs d'enfance sont enveloppés dans un brouillard, et plus les années passent, plus ce brouillard s'épaissit. Voila pourquoi il est urgent de coucher tout ceci sur du papier, ou sur un écran.

Il y a quand même des choses que je ne pourrai jamais oublier. Des anecdotes mémorables vécues avec Bojana, ou bien encore les longues soirées d'hiver dans l'atelier en compagnie de Nedzad, l'apprenti de mon père. C'est à ce moment-là, je crois, que j'ai ressenti à quel point la vie était complexe, dure et insondable. Ah ça, on n'est vraiment pas sur Terre pour rigoler ! On est tous sur le même navire, que l'on soit misérable ou milliardaire, condamnés aux mêmes souffrances, comme dans un long tunnel dont la sortie semble reculer au fur et à mesure qu'on avance.

Tout ceci, je ne l'ai pas compris intellectuellement quand j'étais enfant, en fait ce n'était qu'un lointain ressenti, qui est devenu très fort quand Nedzad a commencé à me parler de son grand secret. Un secret immense mais anodin : il était simplement extrêmement amoureux d'une jeune femme. Nermina, c'était son prénom, et elle habitait près de chez nous, à côté de Bjelave (quartier de Sarajevo). Nous la connaissions bien, d'ailleurs tout le monde se connaissait, d'autant plus que sa maman était une collègue de la mienne. Je l'aimais bien, la Nermina, elle était toujours très gentille avec les enfants. Dans la vie elle était étudiante, sa passion c'était l'histoire ancienne, elle me parlait parfois des pyramides, des pharaons, tout ça, et c'était très intéressant. C'était une jeune femme douce et posée.

Nedzad et Nermina se connaissaient depuis toujours. Ils étaient allés à l'école ensemble, ils se voyaient tous les jours et partageaient les mêmes connaissances. Seulement, entre le monde universitaire de Nermina et l'atelier de menuiserie de Nedzad, il y avait un gouffre. D'autant plus que le jeune homme, lui, n'avait jamais brillé à l'école... Les pharaons et les pyramides, je peux vous dire que Nedzad s'en moquait éperdument, ou alors ces choses-là n'avaient d'intérêt à ses yeux que pour l'unique raison qu'ils en avaient aux yeux de sa bien aimée.

Je fus la première personne au courant de ce grand amour. Nedzad ne me l'a jamais annoncé à brûle pourpoint, non, mais il s'est peu à peu étendu sur le sujet, comme ça, au fil des semaines et des mois... Nermina par ci, Nermina par là, la jeune femme occupait toutes ses pensées. Ca durait depuis toujours et personne ne le savait, pas même Nermina elle-même ! Je crois que ça faisait du bien à Nedzad de se confier à moi. J'avais beau n'être qu'une enfant, je savais ce qu'était l'amour, puisque moi-même j'étais très amoureuse de Jovo, un garçon de ma classe (qui ne l'a jamais su lui non plus). Alors je comprenais tout. Nedzad, perdu dans ses rêves les plus fous, me racontait ses espoirs les plus ambitieux : un jour, bientôt, il se marierait avec Nermina et lui construirait une maison, et ensemble ils auraient des enfants ! Un vrai conte de fées qui hélas, justement... n'arrive que dans les contes de fée. Mais Nedzad, malgré sa carrure et sa force, était un grand enfant, et il y croyait dur comme du fer à ses rêves.

Un jour, alors que nous étions lui et moi dans l'atelier, Nermina nous a rendu une visite surprise. Sur le pas de la porte, elle nous a demandé si ma mère était dans la maison. Nedzad lui a répondu tout content, et après ça je l'ai senti très ému, tout intimidé... C'était d'autant plus troublant que ce jeune homme était grand et fort... de quoi pouvait-il bien avoir peur ?

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Mots clé : Nedzad.

Commentaires

Le samedi 02 février 2008 à 20:48 par nedzad ( site web )

et avec le temps c'est devenu quoi cette histoire de nermina et nedzad.....sa fait bizarre de lire cette histoire étant donné que je m'apelle aussi nedzad

Le samedi 02 février 2008 à 23:14 par Dzana

Bonjour "Nedzad",
Je ne savais pas que tu t'appelais Nedzad, enchantée :)
Pour la suite, je la raconterai petit à petit, car c'est assez long !
A bientôt,
Dzana

Le dimanche 03 février 2008 à 16:12 par Titonyo

Romeo et Juliette ou l'histoire de tant d'histoires...

C'est lorsqu'on lit ce genre de récits qu'on se rend compte de la portée de certaines oeuvres plus très contemporaines mais toujours aussi véridiques, sous d'autres formes, avec d'autres personnes, dans d'autres lieux...

Les amours "interdits" sont malheureusement dans la plupart des cas les plus passionnels mais aussi ceux qui se consument le plus vite...
A quand un monde où l'amour n'aura de frontières que celles que notre coeur fixera... ?

Ciao

Le dimanche 03 février 2008 à 20:15 par Dzana

Salut Titonyo,
Roméo et Juliette, j'adore cette histoire ! Même si cela paraît dépassé et démodé, c'est la vraie pure histoire d'amour, sans fioritures, c'est toute la vie qui est dans ce récit !

Le dimanche 03 février 2008 à 23:43 par Pellegrino

Salut, ahh enfin un article qui parle de l'amour!

"... de quoi pouvait-il bien avoir peur?" oooooooooooo tu rigole là...de la boule au ventre et d'avoir les jambes en compotes, de recovoir une decharge de milles voltes en presence la bien aimé, bref celà ne s'explique pas! C'est ca l'amour! J'espere que Nermina ne lui a pas cassé le coeur...

La suite la suite stp Dzana..........

Le lundi 04 février 2008 à 12:10 par Dzana

Bonjour Pellegrino,
Lol, oui, c'est l'amour qui lui faisait peur. La suite, je la raconterai tranquillement, je préfère prendre tout mon temps :)

Le mardi 22 juillet 2008 à 15:57 par caroline

Bonjour Dzana, enchantée...ton histoire me rappelle avec nostalgie mes 20 ans à Sarajevo en 1993 à Bjelave, j'ai travaillé pendant un an au Dom Bjelave qui s'appellait Ljubica Ivesic que tes parents ont dû connaître. J'étais avec les 30 enfants du Dom... qui aujourd'hui sont un peu partout sur terre, ils sont des hommes et des femmes, des Nermina et des Nezdad... Merci pour tes mots Dzana

Le mercredi 23 juillet 2008 à 00:32 par Dzana

Salut Caroline,

Si tu étais en 93 à Bjelave, si ça se trouve, on s'est croisée... Ca me fait bizarre d'y penser.
Merci beaucoup pour ta viste et ton commentaire.

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